Publié le 4 Octobre 2013 in aide soignante, formation aide soignante, aide soignant, formation medicale Le métier d'aide soignante ne connait pas la crise et les offres d'embauches sont de plus en plus nombreuses. En effet , de nombreux patients apprécient la qualités des services proposés par des jeunes femmes bienveillantes et à l' formation d'aide soignante permet d'acquérir des compétences médicales mais aussi d'intégrer l'univers hospitalier qui est passionnant et aide soignante c'est s'assurer de pratiquer un métier dans lequel la routine n'existe pas. Un métier passionant Commenter cet article Retour à l'accueil
LemĂ©tier dâaide-soignant fait partie des professions paramĂ©dicales. Le titulaire du DiplĂŽme dâĂtat dâaide-soignant ne prescrit pas de mĂ©dicament et nâeffectue pas de soins mĂ©dicaux. Son travail consiste Ă accompagner la personne soignĂ©e lors de ses activitĂ©s quotidiennes. Comment devenir secrĂ©taire mĂ©dicale quand on est Aide-soignante? Formation
Introduction1Les soins relationnels sont primordiaux et dĂ©licats. Ils ouvrent Ă la relation, permettent au sujet souffrant, enfermĂ© dans sa solitude dâĂȘtre entendu et de pouvoir se sentir sĂ©curisĂ© par la rĂ©ponse soignante accompagnante. Lâattitude soignante adaptĂ©e aux situations, aux circonstances et aux personnes soignĂ©es demande du tact, une formation, des capacitĂ©s de discernement, de distanciation et de relecture. Lâaccompagnement des personnes en fin de vie, prĂ©sentĂ© par les soins palliatifs, ouvre sur la quĂȘte de sens et la dimension spirituelle au cĆur dâune considĂ©ration de la personne dans sa globalitĂ©. Les soignants ne peuvent se cantonner Ă faire des soins, ils sont appelĂ©s Ă prendre soin. Le concept de sollicitude devient plus couramment usitĂ© dans le langage courant ou en milieu soignant, il reste cependant pour beaucoup flou. Je vous propose de dĂ©couvrir pas Ă pas son enracinement dans cette rĂ©flexion Ă©volutive sur lâaccompagnement, son Ă©mergence dans la culture soignante et son intĂ©rĂȘt novateur. Jâappliquerai mes rĂ©flexions Ă la situation spĂ©cifique des soins au des personnes en fin de vie, ouverture sur la dimension spirituelle2Lâaccompagnement des soignants en particulier dans des contextes de fin de vie relĂšve de lâart, Ă©tymologiquement accompagner est tout simplement partager son pain avec », cela semble trivial et souligne lâeffort de partage, en gĂ©nĂ©ral le temps du repas est un temps de communication, un temps convivial, partager son pain avec câest aussi accorder Ă lâautre un peu de ce qui peut nous ĂȘtre superflu pour lui offrir ce qui pour lui peut ĂȘtre vital. Lâaccompagnement est ensuite devenu lâexpression qui est traduite par cheminer avec ». 3Quel est lâenracinement de cet accompagnement dans lâhistoire des soins palliatifs ? Dans mon travail de fin dâĂ©tudes infirmiĂšres Besoins spirituels des personnes en fin de vie » Furstenberg, 2011 [2] jâai entamĂ© une recherche sur le sujet. 4Cicely Saunders pionniĂšre en soins palliatifs, fondatrice de St Christopherâs Hospice en 1967 Ă Londres, sâest attardĂ©e Ă prĂ©ciser comment sâintĂ©grait lâaccompagnement dans une dĂ©marche de prise en charge globale des patients. Les soins palliatifs ont bien rĂ©pondu Ă la demande dâĂ©coute et dâattention de la souffrance des personnes en fin de vie. Câest vraisemblablement parce que ce qui a Ă©tĂ© offert a rĂ©ussi Ă se dĂ©ployer comme un espace pour le cheminement du dĂ©sir fondamental qui habite lâĂȘtre humain, la quĂȘte dâaccomplissement. Lâoffre de soins palliatifs englobe donc les conditions nĂ©cessaires Ă ce que la vie se poursuive jusquâau bout, mais aussi la relation indispensable pour quâil en soit ainsi. 5Pour approcher la souffrance globale dont souffre le patient il faut avant tout avoir pour lui un regard global qui soit empreint dâattention et de prĂ©sence. Ce regard, cette relation instaurĂ©e par lui, ouvre dĂ©jĂ , avant toute action, un espace pour que lâautre puisse faire son chemin. 6Les interventions et les soins auprĂšs des patients ne doivent pas occuper tout lâespace, mais au contraire ouvrir lâespace pour permettre un cheminement, pour dĂ©gager la personne souffrante de ce qui lâempĂȘche dâĂȘtre prĂ©sente Ă ce qui lui advient et lâempĂȘche de vivre. 7Mais comment vivre cette attention, cette prĂ©sence et cette Ă©coute de la souffrance de lâautre sans un partage de ce qui se vit ? Pour pouvoir partager avec lâautre, il faut dĂ©jĂ connaĂźtre ses propres limites. Ce partage avec autrui doit ĂȘtre un lieu dâhumanisation pour soi et pour lâautre. Les soins palliatifs sont des lieux dâĂ©changes interhumains, la communication verbale et non verbale est le point dâancrage de la rencontre avec le patient. 8Cicely Saunders rappelle que le concept central des soins palliatifs est la souffrance globale. Une approche globale, qui tient compte de la dimension spirituelle qui en est le cĆur comme quĂȘte de sens, tente dây faire face. 9Cicely, cherchant Ă dĂ©finir ce quâest la dimension spirituelle, nous dit que lâesprit se dĂ©finit comme le principe vital qui anime lâhomme, le souffle de vie » Saunders, 4 [3]. 10Lâoffre spirituelle nâest pas une offre en plus, au-dessus de tout contrĂŽle des symptĂŽmes ou du soutien psychosocial, mais lâĂ©lĂ©ment qui dans ces offres prĂ©cises, maintient le souffle de vie. 11Lâoffre spirituelle est plus large que lâoffre religieuse. 12Si comme Cicely Saunders nous osons entrer dans ce que vit le mourant, si nous nous laissons toucher et provoquer par sa rĂ©alitĂ©, qui est aussi la nĂŽtre, si nous osons nous mettre en route pour nous dĂ©brouiller ensemble avec cette vĂ©ritĂ© », nous serons surpris de dĂ©couvrir Ă notre tour que la vie est beaucoup plus que nous pensions. 13Les valeurs les plus importantes se rĂ©vĂšlent autres que ce que nous croyions et faire face Ă lâĂ©preuve et Ă la mort peut nous rendre paradoxalement plus vivants. 14Ceci autorise Ă dire que la nature essentielle de la rĂ©ponse des soins palliatifs est spirituelle car les soins palliatifs offrent principalement un espace, une Ă©coute, une attention, des conditions pour que la vie puisse ĂȘtre vĂ©cue et dĂ©ployĂ©e jusquâau bout malgrĂ© la mort certaine. Ils offrent une recherche persĂ©vĂ©rante, espĂ©rante »⊠15Les travaux de Cicely Saunders ont permis aux soignants et aux formateurs dâapprofondir par la suite les rĂ©flexions relatives aux attitudes soignantes et de prĂ©ciser la distinction entre faire des soins et prendre soin, ou lâalliance des soins techniques et relationnels16Le concept du prendre soin sâest enracinĂ© dans notre culture soignante mĂȘme dans une pratique de plus en plus technique. LâinquiĂ©tude dâune prĂ©sence Ă lâautre, lors des soins, est une prĂ©occupation qui anime les infirmiĂšres et les formatrices pour que le milieu mĂ©dical reste humain. 17 Prendre soin » dâune personne est diffĂ©rent de faire des soins » Ă cette personne, souligne Walter Hesbeen, infirmier et docteur en santĂ© publique. 18La pratique des soins infirmiers sâinscrit dans une rencontre entre personne soignĂ©e et des personnes soignantes. Il sâagit pour les soignants de rencontrer une personne sur le chemin particulier de sa vie et de faire un bout de chemin avec elle, allant mĂȘme jusquâau bout du chemin ». Cette rencontre et le cheminement qui suit relĂšvent dâune relation riche qui permet dâaccompagner et dâĂȘtre accompagnĂ© par quelquâun en qui on a une certaine espĂ©rance. 19Cette rencontre requiert une prĂ©sence de lâun Ă lâautre et la reconnaissance de la diffĂ©rence qui permet le dialogue et la juste distance, le respect des valeurs de lâautre. 20Cette rencontre nĂ©cessite une dĂ©marche, celle que lâon peut appeler une dĂ©marche de soin » ou plus exactement une dĂ©marche du prendre soin ». Pour rĂ©ussir Ă ajuster ce mouvement qui porte vers lâautre, les professionnels sont invitĂ©s Ă dialoguer, Ă rĂ©flĂ©chir, Ă analyser, Ă identifier les Ă©lĂ©ments qui constituent la situation de vie dans laquelle ils vont intervenir. La dĂ©marche est celle qui permet dâĂ©laborer avec la personne soignĂ©e, et selon sa situation, ses proches, un projet de soin, câest-Ă -dire dâidentifier avec elle un horizon vers lequel elle souhaite progresser. La base de cette dĂ©marche, le premier objectif quâelle poursuit, est de tisser des liens de confiance avec la personne soignĂ©e. 21Tisser des liens de confiance fondĂ©s sur le respect de la personne et qui permettent de cheminer avec elle nĂ©cessite la conjugaison de huit Ă©lĂ©ments la chaleur, lâĂ©coute, la disponibilitĂ©, la simplicitĂ©, lâhumilitĂ©, lâauthenticitĂ©, lâhumour, la compassion. 22Les compĂ©tences scientifiques et techniques sont, bien entendu, nĂ©cessaires et elles sâinsinuent dans ces huit Ă©lĂ©ments sans pouvoir sây substituer. La recherche de sens est ce qui permet de faire les liens entre ces diffĂ©rentes donnĂ©es. 23LâĂ©valuation de la douleur par exemple pour les soignants qui interviennent au domicile est trĂšs complexe. DĂ©jĂ le passage fortuit journalier permet difficilement lâĂ©valuation sur les 24h. Lâattente du soignant peut ĂȘtre lâoccasion de majorer lâexpression de la douleur ponctuellement par souhait dâĂȘtre entendue. La personne peut aussi exprimer une douleur ponctuelle rĂ©elle qui parfois ne reflĂšte pas la rĂ©alitĂ© quotidienne. Les douleurs sont frĂ©quemment en lien avec certaines mobilisations ou soins. Les douleurs nocturnes peuvent-ĂȘtre augmentĂ©es par une angoisse croissante la nuit. La prĂ©sence des proches parasite parfois lâexpression de la douleur, pour des personnes qui sâexpriment difficilement il arrive que le conjoint rĂ©ponde rapidement, les projections personnelles ne sont pas anodines. LâanxiĂ©tĂ© de la personne et des proches en fin de vie peut ĂȘtre dissimulĂ©e et le soulagement de la douleur en lâoccurrence parfois inadaptĂ©. Les Ă©chelles de la douleur nociceptives et neuropathiques ne suffisent pas pour bien adapter le traitement. Le soignant par exemple peut constater une augmentation des bolus de morphine la nuit alors que la douleur en principe pour cette personne est majorĂ©e lors des mobilisations, dĂ©placements. Avec un peu de patience et dâĂ©coute le soignant dĂ©couvre que le patient a Ă©tĂ© gĂȘnĂ© par une incontinence nocturne, trempĂ© il cherchait Ă se lever pour se changer ou utiliser le pistoletââ. Une meilleure adaptation avec des protections circonstancielles permet ensuite un meilleur sommeil et lâutilisation des bolus nocturnes diminue. La prĂ©sence attentionnĂ©e du soignant permet lâexpression des difficultĂ©s. Avec un peu dâhumour pour dĂ©dramatiser les situations susceptibles de complexer ou culpabiliser, le soignant peut donner Ă la personne affectĂ©e par la dĂ©gradation de son image personnelle de retrouver la joie dâun contact simple qui demeure par de-lĂ la dĂ©gradation et qui parallĂšlement vise Ă conserver ce qui peut ĂȘtre prĂ©servĂ©. Des douleurs sont parfois majorĂ©es par des souffrances en lien avec lâaspect du corps qui se dĂ©grade, la vision de la tumeur qui grandit. Inversement certains cachent leur douleur ou ne lâexpriment pas par peur des traitements. Le discernement et lâadaptation au cas par cas nĂ©cessite beaucoup de finesse et dâĂ©changes dans la confiance. LâauthenticitĂ© du soignant rassure beaucoup. 24Lâattention Ă la personne soignĂ©e est cette capacitĂ© que lâon a de prendre soin » de quelquâun. 25La douceur permet aux professionnels de santĂ© dâagir comme vĂ©ritables vecteurs de sĂ©rĂ©nitĂ© pour le patient et donne lâoccasion de mettre en valeur, de promouvoir la caractĂ©ristique essentielle du soin infirmier, celle dâĂȘtre facteur de chaleur, de confort et de prise en compte de tant et tant de dĂ©tails qui sont si importants pour chaque patient mais diffĂ©rents pour chacun dâeux. 26LâinfirmiĂšre pour bien accompagner doit tendre vers lâautonomie et favoriser celle des autres. Elle doit se connaĂźtre et avoir la capacitĂ© de prendre soin dâelle-mĂȘme. 27Prendre soin est un art, celui qui rĂ©ussit Ă combiner des Ă©lĂ©ments de connaissance, dâhabiletĂ©, de savoir-ĂȘtre, dâintuition qui vont permettre de venir en aide Ă quelquâun, dans sa situation singuliĂšre. Lâart soignant pour des personnes en fin de vie ne sâimprovise pas, mĂȘme si certains manifestent des aptitudes manifestes spĂ©cifiques. Une formation, des capacitĂ©s de relecture, de discernement permettent de le cultiver. Les capacitĂ©s sont individuelles mais encore en interaction avec dâautres acteurs, les capacitĂ©s Ă travailler avec dâautres sont primordiales pour mieux ajuster les dĂ©cisions, Ă©viter la fusion relationnelle, prĂ©ciser et rĂ©adapter les objectifs et la dĂ©marche de soins. Lâobjectif des soins palliatifs est de soulager les douleurs physiques et les autres symptĂŽmes, mais aussi de prendre en compte la souffrance psychologique, sociale et spirituelle. Les soins palliatifs et lâaccompagnement sont interdisciplinaires. Ils sâadressent au malade en tant que personne, Ă sa famille et Ă ses proches, Ă domicile ou en institution. La formation et le soutien des soignants et des bĂ©nĂ©voles font partie de cette dĂ©marche. » SFAP, 1996 [1] 28La responsabilitĂ© soignante comme rĂ©ponse Ă lâappel de lâAutre souffrant Furstenberg, 2011, 29-32 [4]. 29Le soignant a une position particuliĂšre dâaidant, il vient au secours dâune personne en dĂ©tresse, avec un problĂšme de santĂ©. Cette personne vulnĂ©rable lui est confiĂ©e, le soignant est responsable de cette personne. 30La responsabilitĂ© vient du latin respondare rĂ©pondre et dĂ©signe celui qui doit rĂ©pondre de ses actes. On peut la dĂ©finir ainsi assumer les consĂ©quences des actes que lâon commet ». On distingue habituellement la responsabilitĂ© juridique de la responsabilitĂ© morale. 31La responsabilitĂ© juridique est donc invoquĂ©e postĂ©rieurement Ă une action pour marquer une infraction au droit. Elle peut ĂȘtre Ă©voquĂ©e en amont dâune action pour rappeler au sujet les limites de cette action ou ses devoirs pour celle-ci. 32La responsabilitĂ© morale est cette attitude adaptĂ©e Ă lâautre qui engage le comportement du sujet dans lâaction. Le monde mĂ©dical est un milieu fragile, car dotĂ© dâune technique et une science dont nous ne maĂźtrisons pas toujours les tenants et les aboutissants. Les personnes malades ou vulnĂ©rables dâemblĂ©e se trouvent dans une position dâasymĂ©trie par rapport au soignant qui de par sa fonction, ses connaissances, a un certain pouvoir sur lui. Les dĂ©rives sont sournoises et pas toujours conscientes, portĂ©es par le stress de cette vie qui doit courir plus vite que le temps lui-mĂȘme ou une croyance parfois dĂ©mesurĂ©e au pouvoir de la science⊠33Les droits de la personne ĂągĂ©e par exemple rappellent les devoirs des soignants et lâinterdiction de transgression signifiĂ©e par la pĂ©nalisation. Le code de dĂ©ontologie âarticle 36, 37 et 38 - signifie aux mĂ©decins lâobligation dâinformer, de recueillir le consentement, dâaccompagner la personne en fin de vie, de devoir de soigner sans sâobstiner dĂ©raisonnablement et de les soulager sans provoquer dĂ©libĂ©rĂ©ment la mort. La loi du 4 mars 2002 et la loi du 22 avril 2005 signalent que le refus de soin du patient prĂ©alablement informĂ© de maniĂšre claire, loyale et appropriĂ©e doit ĂȘtre entendu et acceptĂ© â hormis dans certains cas prĂ©cis comme lâurgence vitale. Pour les personnes inconscientes, il convient dâavoir recours Ă la procĂ©dure collĂ©giale prĂ©cisĂ©e dans la loi du 22 avril 2005 dite de LĂ©onetti. La personne de confiance et les directives anticipĂ©es, si elles existent, participent au processus dĂ©cisionnel dont le mĂ©decin dĂ©tient la dĂ©cision finale. Le recours Ă des collĂšgues mĂ©decins extĂ©rieurs est sollicitĂ©. Les soignants qui gravitent au plus prĂšs du sujet ĂągĂ©, les infirmiĂšres et les aides-soignantes en particuliers, les paramĂ©dicaux et surtout les proches forment la trame de son histoire, de ses souhaits et de ses dĂ©sirs. Le soutien et la contribution de chacun des soignants et des proches permettent dâĂ©laborer la dĂ©marche de soin du sujet ĂągĂ© centrĂ©e sur le discernement de ses volontĂ©s rĂ©ajustĂ©es Ă la rĂ©alitĂ©. LâinfirmiĂšre, dans sa participation au processus dâinformation et de recherche de consentement de la personne ĂągĂ©e, dans sa contribution au processus dĂ©cisionnel, dans la rĂ©alisation des prescriptions et ses rĂ©actions ou réévaluation de lâindication et de lâefficacitĂ© des traitements avec le mĂ©decin, voit sa responsabilitĂ© constamment sollicitĂ©e. Pour les personnes ĂągĂ©es Ă mi-chemin entre la conscience et lâinconscience, prĂ©sentes parfois, parfois incohĂ©rentes ou dont le consentement nâest pas explicite, il convient dâavoir recours Ă la procĂ©dure collĂ©giale pour Ă©viter les dĂ©cisions trop promptes ou trop alĂ©atoires, ou rĂ©sultantes dâune rĂ©action singuliĂšre dĂ©mesurĂ©e face Ă lâimage du corps souffrant de lâautre, lâobstination dĂ©raisonnable ou lâaccĂ©lĂ©ration de la mort peuvent en rĂ©sulter. Les concepts Ă©thiques dĂ©veloppĂ©s par la SFAP SociĂ©tĂ© française dâaccompagnement et de soins palliatifs des soins palliatifs Les soins palliatifs et lâaccompagnement considĂšrent le malade comme un ĂȘtre vivant, et la mort comme un processus naturel. Ceux qui dispensent des soins palliatifs cherchent Ă Ă©viter les investigations et les traitements dĂ©raisonnables communĂ©ment appelĂ©s acharnement thĂ©rapeutique. Ils se refusent Ă provoquer intentionnellement la mort. Ils sâefforcent de prĂ©server la meilleure qualitĂ© de vie possible jusquâau dĂ©cĂšs et proposent un soutien aux proches en deuil. Ils sâemploient par leur pratique clinique, leur enseignement et leurs travaux de recherche, Ă ce que ces principes puissent ĂȘtre appliquĂ©s. » SFAP, 1996 [1]. 34La responsabilitĂ© sauvegarde la dignitĂ©. Il est bon de sâarrĂȘter pour peser cette responsabilitĂ© et considĂ©rer lâhumanitĂ© Ă prĂ©server, sa dignitĂ© Ă sauvegarder. La dignitĂ© est ce qui est dĂ» Ă lâĂȘtre humain pour le seul fait dâĂȘtre humain » Raymond, 1988, [5]. Armelle Debru nous rappelle lâanciennetĂ© du terme En remontant Ă lâemploi ancien des termes, on trouve souvent un noyau de sens rĂ©manent qui nous Ă©claire, et une distance qui nous fait rĂ©flĂ©chir. Mot latin, la dignitĂ© dignitas a dâabord eu un sens politique et social dâappartenir au groupe de la morale. CâĂ©tait la qualitĂ© de celui qui avait fait preuve de valeur et qui mĂ©riterait par lĂ des marques de respect et de reconnaissance. » Debru, 2007, 243-247 [6]. 35La sauvegarde de la dignitĂ© est un principe constitutionnel. Cette dignitĂ© confĂšre Ă lâhomme le droit au respect et son fondement en est lâimpĂ©ratif catĂ©gorique kantien Agis de façon telle que tu traites lâhumanitĂ©, aussi bien dans ta personne que dans tout autre, toujours en mĂȘme temps comme fin, et jamais simplement comme un moyen. » Toute personne vulnĂ©rable risque de voir cette dignitĂ© entamĂ©e par le pouvoir Ă©ventuel dâun autre sur lui. Il convient donc de la protĂ©ger. LâĂ©thique vient donc rĂ©pondre Ă cette demande de protection. 36La responsabilitĂ© vient donc comme rĂ©ponse Ă la protection de la personne vulnĂ©rable et Ă lâĂ©thique comme visĂ©e de la vie bonne avec et pour autrui dans des Institutions justes » RicĆur, 1990 [7]. Elle est le fondement de lâĂ©thique. ResponsabilitĂ© vient de rĂ©pondre. Emmanuel LĂ©vinas nous livre ses pensĂ©es sur la responsabilitĂ© comme rĂ©ponse Ă lâappel de lâautre Je pense que la souffrance est lâenfermement, la condamnation Ă soi-mĂȘme, et pourtant, dans la souffrance, il y a un cri, un soupir, une plainte ⊠Le mĂ©decin est celui qui entend cette plainte. Par consĂ©quent, dans ce secours Ă lâautre, Ă ce premier appel de lâautre, la premiĂšre rĂ©ponse est peut-ĂȘtre une rĂ©ponse de mĂ©decin. Je ne dis pas que tout le monde est mĂ©decin par rapport Ă tout autre, mais bien certainement, cette attente mĂ©dicale de lâautre constitue une des racines trĂšs profondes de la relation interhumaine. » LĂ©vinas, 1986, 43 [8] Câest dans ce rapport Ă lâautre, qui naĂźt du dialogue primaire de lâappel et de la rĂ©ponse, que sâinscrit la responsabilitĂ© comme souci et que lâattention Ă lâautre soit la forme ultime de la sollicitude. Lâautre apparaĂźt comme Visage, Visage qui est parole. Le Moi ne peut avoir aucune emprise sur ce visage, celui-ci se donne dans la nuditĂ© sans dĂ©fense », un regard qui doit ĂȘtre regardĂ©, une parole, un logos Tu ne tueras pas » qui doit ĂȘtre respectĂ©. Le visage de lâautre câest mon prochain, mon frĂšre en humanitĂ©, incarnĂ©. Lâautre mâappelle et mâinvoque, de par sa prĂ©sence, sa pauvretĂ©. Le Moi rĂ©pond. Autrui permet au moi de rĂ©aliser son dĂ©sir par la gĂ©nĂ©rositĂ©. Ce dĂ©sir est notre socialitĂ© ».37Le terme de sollicitude est employĂ© dans la philosophie de Paul RicĆur. La sollicitude est spontanĂ©itĂ© bienveillante, soucieuse de lâaltĂ©ritĂ© des personnes, intimement liĂ©e Ă lâestime de soi au sein de la visĂ©e bonne » RicĆur, 1990, 222 [7]. Elle est au cĆur de lâĂ©thique quâil dĂ©finit comme visĂ©e de la vie bonne avec et pour autrui dans des Institutions justes ». Elle se distingue de la responsabilitĂ© dĂ©crite par Emanuel LĂ©vinas car la relation entre moi et autrui est pour lui asymĂ©trique, dâemblĂ©e Autrui le vulnĂ©rable, la veuve, lâorphelin » se situe dans la hauteur et appelle, le Moi est le sujet responsable qui rĂ©pond et est appelĂ© Ă ĂȘtre le gardien de son frĂšre ». 38La sollicitude est le lien de bienveillance qui se crĂ©e avec autrui dans une rĂ©ciprocitĂ© des insubstituables. Ce lien nâaltĂšre en rien lâespace vital de chaque personne, au contraire il le restaure et le soutient. Câest lĂ que la proximitĂ© et la distance paradoxalement peuvent se rejoindre. La sollicitude invite Ă la proximitĂ©. La prĂ©sence est aidante, lorsquâelle soutient tout en nâaccaparant pas lâespace dĂ©cisionnel de lâautre, lorsquâelle conserve cette distance relationnelle qui est le reflet du respect de lâaltĂ©ritĂ©. Ceci est un exercice. La prĂ©sence proche de lâautre souffrant peut aussi menacer la tranquillitĂ© du Moi et alors aussi susciter lâagressivitĂ© lorsque la sensibilitĂ© est exacerbĂ©e. Câest lĂ que les mesures communes de justice sont lĂ pour tempĂ©rer la dĂ©-mesure de la relation singuliĂšre. Le tiers intervient lĂ comme rĂ©gulateur et modĂ©rateur. La proximologie est une nouvelle discipline dont le but est dâamĂ©liorer la relation du monde soignant avec lâentourage des personnes malades et dâapporter un soutien aux proches des patients, quâil sâagisse de membres de sa famille, de son conjoint ou dâamis. Elle tente de mieux partager les savoirs, de mieux coordonner les interventions, de mĂ©nager les familles et les proches dans la durĂ©e, de les rassurer, de les soutenir tout au long de lâĂ©preuve de la maladie. La sollicitude y trouve lĂ sa juste place, la proximitĂ© avec une attitude ajustĂ©e nâest pas Ă©touffante si elle sait reconnaĂźtre et respecter lâespace intime de chacun et si la prĂ©sence et lâĂ©change sont accueillis par la personne. Câest lĂ que les relectures et une bonne connaissance de soi permettent dâĂ©viter des projections inconscientes et parfois accaparantes. Cette proximitĂ© devient chemin dâhumanitĂ© 39 ⊠à travers les gestes de sollicitude qui font entendre au soignĂ© ce quâil a perdu le sens de sa dignitĂ© et le sentiment dâĂȘtre toujours respectable ; ils le soutiennent dans lâacceptation de lui-mĂȘme et le restaurent dans le respect et lâestime de soi. Ce faisant ils humanisent en mĂȘme temps le soignant qui se tient en sa proximitĂ© et le soutient dans lâĂ©preuve de son propre corps » 40La sollicitude, lâintimitĂ© et la discrĂ©tion professionnelle sont en Ă©troite connivence. 41Les soignants, au domicile par exemple, sont en Ă©troite relation avec le patient et ses proches car ils entrent dans leur environnement vital qui est aussi en quelque sorte reflet de leur vie personnelle. Lâagencement de la maisonnĂ©e, son parfum et sa couleur, lâouverture exigĂŒe sur un jardin fleurie, les photos ou les cadres de-ci delĂ traduisent en quelque sorte lâhistoire de la famille que la parole et les Ă©changes, pas Ă pas, complĂštent⊠LâintimitĂ© rĂ©fĂšre gĂ©nĂ©ralement au sentiment dâassociation personnelle proche avec autrui. Elle se rapporte Ă une connexion familiĂšre et affectivement trĂšs Ă©troite avec dâautres en rĂ©sultat Ă un certain nombre dâexpĂ©riences communes. LâintimitĂ© vĂ©ritable demande des Ă©changes, de la transparence, de la rĂ©ciprocitĂ© et incidemment une certaine vulnĂ©rabilitĂ©. 42LâatmosphĂšre du lieu dâhabitation donne dâapprĂ©hender la personne soignĂ©e dans son environnement social et culturel. EnracinĂ©e dans un contexte que le soignant peut voir, sentir, percevoir, la personne est considĂ©rĂ©e dâemblĂ©e de maniĂšre globale dans ses dimensions physiques, psychiques, sociales, culturelles et spirituelles. La considĂ©ration de la personne dans sa globalitĂ© telle que le prĂ©conisait si justement Cicely Saunders trouve lĂ toute son expression. Quelle est sa demande de soins et ses besoins dans son contexte de vie ? Quelles sont les interfĂ©rences possibles entre sa souffrance morale et son environnement social ? Quelles sont ses aspirations dans ces instants prĂ©caires que la maladie avancĂ©e ou chronique rend intenses ? Autant de questions que la plongĂ©e dans le milieu de vie peut aider Ă discerner ou offrir des Ă©lĂ©ments aidants qui ont besoin de temps et de discrĂ©tion pour permettre le soutien dans ce chemin de vie qui demeure pour le patient et ses proches. La discrĂ©tion professionnelle, la pudeur et le respect sont des obligations ancestrales pour tout soignant dont on retrouve les racines dans le serment dâhypocrate Dans quelque maison que je rentre, jây entrerai pour lâutilitĂ© des malades, me prĂ©servant de tout mĂ©fait volontaire et corrupteur, et surtout de la sĂ©duction des femmes et des garçons, libres ou esclaves. Quoi que je voie ou entende dans la sociĂ©tĂ© pendant, ou mĂȘme hors de lâexercice de ma profession, je tairai ce qui nâa jamais besoin dâĂȘtre divulguĂ©, regardant la discrĂ©tion comme un devoir en pareil cas. » 43Câest lĂ que lâespace vital ou lâespace Ă©thique est nĂ©cessaire pour prĂ©server Ă chacun son intimitĂ© et Ă©viter lâintrusion, la fusion dans la relation soignant-soignĂ© qui nĂ©cessite tact, ajustement et discrĂ©tion. Si la confiance sâinstaure lorsque les liens sont tissĂ©s, elle est renforcĂ©e dans lâintimitĂ©. Comme adjectif, intime » peut aussi rĂ©fĂ©rer une notion de profondeur, tel une connaissance ou une maĂźtrise intime dâun sujet. Les conseils du soignant peuvent ĂȘtre lâancrage tant dĂ©sirĂ© pour soutenir lâespĂ©rance, les moments de rĂ©confort, dâapaisement. Mais paradoxalement cette confiance est lĂ aussi dâautant plus fragilisĂ©e que les personnes sont Ă fleur de peau » devant cette menace persistante et insidieuse de la mort du proche. 44La sphĂšre de lâintime sâavĂšre dĂ©licate dâautant plus que la personne fragile nĂ©cessite des soins intimes tels que la toilette matinale, des massages, des sondages⊠La pudeur et le respect, lâinformation, protĂšgent le soignĂ© de la violence qui peut Ă©maner de lâintrusion dans son espace personnel. Il sâagit dâune attention Ă lâautre, faite de pudeur, de respect des besoins et de limites de chacun, sans infantilisation aucune » Prayez et Loraux, 2006, 51 [10]. Lâacceptation ou la coopĂ©ration de la personne malade dans la rĂ©alisation des soins permet dâinstaurer, voire de confirmer, le lien qui peut ĂȘtre dĂ©crit comme alliance de soin entre le soignant et le soignĂ©. Une proximitĂ© physique et psychique de sĂ©curitĂ©, dans un bien-ĂȘtre partagĂ©, câest une expĂ©rience dâintimitĂ© confiante et respectueuse qui se vit Ă travers des contacts agrĂ©ables et apaisants » Laure Marmilloud, 2007, [9] La sollicitude, encore dĂ©finie par Paul RicĆur comme forme que prend la sagesse pratique dans la rĂ©gion des relations interpersonnelles » RicĆur, 1990, 318 [7] suscite cette disposition attentive du soignant pour ajuster les soins quotidiennement. La prĂ©sence aidante ajustĂ©e du soignant vis-Ă -vis du soignĂ©, relĂšve de lâart et nĂ©cessite connaissance, intuition, savoir faire et savoir ĂȘtre. Câest peut-ĂȘtre lĂ lâĂ©preuve suprĂȘme de la sollicitude, que lâinĂ©galitĂ© de puissance vienne Ă ĂȘtre compensĂ©e par une authentique rĂ©ciprocitĂ© dans lâĂ©change, laquelle, Ă lâheure de lâagonie, se rĂ©fugie dans le murmure partagĂ© des voix ou lâĂ©treinte dĂ©bile des mains » RicĆur, 1990, 223 [7]. 45La sollicitude est une source de bienfaisance ou de bienveillance qui soutient, câest une attitude soignante en elle-mĂȘme qui de plus est Ă cultiver en sociĂ©tĂ© non seulement dans la sphĂšre de lâintime mais encore dans la sphĂšre publique. Elle donne Ă lâEthique souffle et vie. Elle prĂ©sente cet avantage de situer les ĂȘtres Ă un mĂȘme niveau tout en concevant la singularitĂ© de chacun. Elle donne au soignant de donner dans cette prĂ©sence attentive mais encore de recevoir lâaccueil de lâautre et son partage, câest dans cet Ă©change relationnel que se fraie un chemin dâhumanitĂ©, Ă la fois fragile et solide, Ă cultiver. PoĂšme46 La sollicitude,Le souffle de vieDans la main de lâami,Sauve de la attentionnĂ©e et frĂȘle,Soutien dans lâincertitude,Sourire qui donne des ailes,Chaleur lumineuse de lâinterlude ;Compagnie sur les sentiers arides,PrĂ©sence ouverte sur lâinfinitude,Rencontre vitale - entre lâespace vide-De deux ĂȘtres fragiles dans leur prĂ©lude ;Le clair obscur dans le passĂ© et son Ă©paisseur,Lâunion dans lâĂ©lan de lâavenir vers la hauteur,La pose dans lâinstant prĂ©sent de la profondeur,La jonction dans la sĂ©paration, enfin la plĂ©nitude ;La rĂ©surgence de la solidaritĂ© tombĂ©e en dĂ©suĂ©tude,La consolation assidue dans les vicissitudes,La douceur parfumĂ©e dans lâamertume,Le baume qui apaise et assume⊠à douce sollicitude !⊠Opportune ! »
Ătudes Formations & Alternance Ătudes, Formations & Alternance. Imprimer; Favoris; Partager. Avant le BAC. Ătudes supĂ©rieures. Alternance. Formation professionnelle. Ătudier avec un handicap. Les diplĂŽmes. Les Ă©coles se prĂ©sentent. Formations en alternance : consultez les offres des Ă©coles. Les Ă©coles se prĂ©sentent. ESLI PARIS . CFA Cerfal. AFTRAL. ISTEC, Ecole
âQuand il nâest plus possible de parler, ni de comprendre, quand on ne veut plus subir, alors naĂźt la violence, pour affirmer que lâon existe.â Alain Peyrefitte. Rapport sur la violence, Le Monde 03/08/77 Des aidants et des soignants victimes de violences. Le paradoxe de lâhumain. Et les conditionnements ? Le problĂšme de la violence. La violence dans le contexte particulier de lâhĂŽpital. Conflit ou violence ? Les attitudes gĂ©nĂ©rĂ©es par la peur du conflit. Lâaidant victime de sa propre violence. Les risques pour lâaidant. Alors que faire ? Observer Ă quoi nous obĂ©issons. ReconnaĂźtre son insĂ©curitĂ© et sa peur. Devenir plus lucide et conscient de soi. Avoir une vue dâensemble. Se relier Ă lâaidĂ©. DĂ©jouer le risque pour la relation dâaide. Trouver la rĂ©ponse appropriĂ©e. RĂ©habiliter le comportement de lâaidĂ©. DES AIDANTS* VICTIMES DE VIOLENCES *A dessein, jâemploierai le terme gĂ©nĂ©ral âdâaidantâ pour dĂ©signer toute personne en relation dâaide soignants au sens large du terme, assistantes-sociales, dĂ©lĂ©guĂ©s Ă la tutelle, Ă©ducateurs, pĂ©dagogues, mais aussi aidants dits ânaturelsâ. De mĂȘme, jâemploierai le terme âaidĂ©â pour dĂ©signer toute personne en Ă©tat de bĂ©nĂ©ficier dâune relation aidante malades, mais aussi personnes assistĂ©es socialement, personnes ĂągĂ©es, handicapĂ©es, ou mĂȘme en simple situation dâapprentissage. Le paradoxe de lâhumain. LâĂȘtre humain est paradoxal car, bien que le rapport de force lâhabite, il ressent aussi la nĂ©cessitĂ© de trouver un autre mode de relation Ă autrui. Au cĆur de cette bivalence, entre lâange et la bĂȘte, il tente ainsi â sans toujours y parvenir â de trouver ce que lâon a appelĂ© son humanitĂ©. Câest pour cela quâon a pu dire que lâhomme ne naĂźt pas vraiment humain mais quâil peut le devenir, que câest en quelque sorte son dĂ©fi parce quâil est un ĂȘtre capable de progrĂšs. Le formidable dĂ©fi lancĂ© Ă lâhumain Ă chaque fois quâil est en relation est de savoir sâil va se laisser aller Ă dominer lâautre par la force ou sâil va ĂȘtre capable de le respecter sur la base de sa diffĂ©rence. Câest toujours dans la relation quâil pourra dĂ©couvrir â pour le meilleur comme pour le pire â oĂč il en est de son Ă©volution, au cĆur de sa condition humaine paradoxale. Le propre de lâhumain est sa capacitĂ© Ă la libertĂ©. Lâanimal, sauvage et non conditionnĂ©, ne se pose pas de questions. Il perçoit le rapport de force et rĂ©pond Ă la nĂ©cessitĂ© de son instinct il attaque, se soumet ou fuit. Lâhomme peut, lui aussi, rĂ©pondre Ă la nĂ©cessitĂ© de son instinct mais il a, lui, la libertĂ© que lui donne son sentiment dâĂȘtre. Lâhomme sent quâil sent et cela lui donne la libertĂ© dâagir conformĂ©ment ou non Ă ce ressenti. Seul lâhumain peut dĂ©cider de ne pas rĂ©pondre Ă une agression dont il est la victime. Il nâest pas contraint par la nĂ©cessitĂ© de ce quâil ressent parce quâil sait quâil le ressent. Câest ainsi que Socrate a pu ne pas se sentir contraint par ses juges et que Nelson Mandela a pu se sentir libre en prison. Câest sur la base de notre sentiment dâĂȘtre que nous pouvons devenir conscients, câest-Ă -dire capables dâobserver avec une perception claire, de ce qui se passe en nous et autour de nous, pour â sur la base de cette observation â dĂ©cider de nos comportements. La maniĂšre dont chacun de nous perçoit lâexpĂ©rience quâil a de lui-mĂȘme est dâautant plus dĂ©terminante que les forces qui lâen distraient en le poussant Ă lâinconscience sont trĂšs puissantes. Et les conditionnements alors ? Sâil est vrai que nous sommes le produit de nos conditionnements le produit de notre hĂ©rĂ©ditĂ© et le produit de notre Ă©ducation, il ne serait pas juste de dire que nous y sommes rĂ©ductibles. Chacun de nous peut se poser la question de savoir ce quâil fait de cette hĂ©rĂ©ditĂ©, de cette Ă©ducation. Prendre le contrĂŽle de sa vie ne nĂ©cessite lâautorisation de quiconque et personne nâa besoin pour cela mĂȘme si elles peuvent aider de conditions sociales ou Ă©conomiques favorables. Nous sommes humains et notre dĂ©fi est de ne pas nous laisser assujettir par nos conditionnements. MĂȘme si une statistique nous dit quâun tiers des adultes qui ont Ă©tĂ© victimes dâabus durant leur enfance commettent ensuite Ă leur tour des abus contre leurs propres enfants1, les psychologues nous disent aussi que la rĂ©silience est possible, ils la dĂ©finissent comme âla capacitĂ© Ă rĂ©ussir, Ă vivre et Ă se dĂ©velopper positivement, de maniĂšre socialement acceptable, en dĂ©pit du stress ou dâune adversitĂ© qui comporte normalement le risque grave dâune issue nĂ©gative. 2â LâĂȘtre humain nâest donc pas condamnĂ© Ă reproduire indĂ©finiment les mĂȘmes comportements appris. Tout homme est potentiellement capable de se remettre en cause, sur la base de son sentiment dâĂȘtre, de sa conscience dâĂȘtre. Le problĂšme de la violence. Câest avec cet Ă©tat dâesprit que je me propose dâaborder les problĂšmes dâagressivitĂ© et de violence dans la relation dâaide. Ainsi la question est-elle moins de se demander pourquoi un aidĂ© agressif aurait envie de ne plus lâĂȘtre que de rĂ©flĂ©chir Ă ce qui contraint cet aidĂ© Ă le devenir. Personne nâest agressif ou violent par nature, mais il arrive Ă tout le monde dâobĂ©ir Ă ses pulsions dâagressivitĂ© ou de violence. Chaque annĂ©e, plus de 2 millions de personnes dans le monde, meurent des suites de blessures dues Ă la violence. Un nombre bien plus important de personnes survivent Ă leurs blessures mais restent handicapĂ©es Ă vie3. Au moins une femme sur cinq Ă travers le monde a Ă©tĂ© physiquement ou sexuellement agressĂ©e par un ou plusieurs hommes Ă un moment ou un autre de sa vie. Un grand nombre de ces femmes, y compris des femmes enceintes et des jeunes filles, sont victimes dâagressions graves, soutenues et En France, avec plus de 160 000 tentatives et 12 000 dĂ©cĂšs par an, le suicide qui est une violence exercĂ©e contre soi-mĂȘme est plus meurtrier que les accidents de la route, il est la deuxiĂšme cause de dĂ©cĂšs des adolescents, tandis quâun quart des dĂ©cĂšs par suicide concerne les plus de 65 ans5. Dans le monde, 53 pays Ă©taient toujours en guerre en 2003. Parce quâil est devenu banal de dire que, dans notre sociĂ©tĂ© moderne, la violence est partout, les phĂ©nomĂšnes de violence seront sans nul doute une prĂ©occupation majeure des ĂȘtres humains du dĂ©but du XXIĂšme siĂšcle. La violence dans le contexte particulier de lâhĂŽpital. Et lâhĂŽpital, comme tous les services publics, nâest bien sĂ»r pas Ă©pargnĂ© par la violence. Il faut savoir, par exemple, que les soignantes sont trois fois plus susceptibles que les autres professionnelles de santĂ© dâĂȘtre victimes de violence sur leur lieu de Au Royaume-Uni, 97% des infirmiĂšres ayant rĂ©pondu Ă une enquĂȘte, disaient connaĂźtre une infirmiĂšre qui avait Ă©tĂ© physiquement agressĂ©e au cours de lâannĂ©e Il est vrai quâelles subissent un double handicap en tant que femmes et en tant que soignantes. Cette forme particuliĂšre de violence quâest le harcĂšlement sexuel qui, lâexpĂ©rience le montre, tend Ă sâaggraver au fil du temps, frappe le personnel hospitalier Ă un niveau alarmant 69% du personnel interrogĂ© au Royaume-Uni, 48% en Irlande, 76% aux USA. Des Ă©tudes rĂ©centes font observer que, depuis quelque temps, les chambres des patients âcommunsâ ont remplacĂ© les unitĂ©s psychiatriques au palmarĂšs des zones oĂč se produisent le plus dâagression. Câest dans ce contexte que le ministĂšre de la SantĂ© a Ă©ditĂ© la âcirculaire du 15 dĂ©cembre 2000â portant sur le thĂšme de la prĂ©vention et de lâaccompagnement des situations de violence dans les Ă©tablissements de santĂ© et que la formation du personnel travaillant dans ces Ă©tablissements est devenue aujourdâhui doublement prioritaire, afin de protĂ©ger les soignants et de faire en sorte quâils nâaient pas eux-mĂȘmes un comportement violent ou gĂ©nĂ©rateur de violences. Il sâagit autant â dans ces formations sur lâagressivitĂ© et la violence â de permettre aux aidants de soulager leurs angoisses en les exprimant et en leur donnant du sens, que de leur apprendre Ă ne plus devoir en ĂȘtre les victimes, donc de les aider Ă ĂȘtre plus humains pour devenir vraiment aidants. Conflit ou violence ? Quand lâhomo sapiens est devenu sapiens, il a davantage utilisĂ© son intellect pour sophistiquer ses façons de tuer que pour sâhumaniser. Victime de ses peurs, il sâest convaincu que parce quâil voulait la paix, il nâavait pas dâautre choix que de prĂ©parer la guerre. Si vis pacem para bellum8. Comble de lâillusion, il a mĂȘme envisagĂ© que la crainte pouvait ĂȘtre le commencement de la sagesse, en confondant obligation et assentiment et sâest employĂ© Ă transformer un Dieu dâamour en un Dieu vengeur. Câest ainsi que, confondant conflit et violence, les hommes se sont habituĂ©s Ă considĂ©rer la violence comme inĂ©luctable. Incapables de voir plus loin que le bout de leur peur, ils en sont arrivĂ©s Ă estimer que la plus sĂ»re maniĂšre de rĂ©soudre un conflit avec lâautre Ă©tait dâanĂ©antir cet autre. Inconscients du fait que tenter dâanĂ©antir lâautre est le plus sur moyen pour que â se sentant humiliĂ© â lui ou ses descendants nâaient de cesse de se venger. Câest le cercle vicieux de la violence⊠qui se retourne contre celui qui avait tellement peur dâen ĂȘtre la victime⊠quâil lâa attirĂ©e ! Parfois, quand le sang a trop coulĂ©, marquant des gĂ©nĂ©rations entiĂšres, certains rompent la malĂ©diction et stoppent la spirale de la violence en ne rĂ©pondant pas. Mais cela ne dure jamais longtemps parce que les croyances, ancrĂ©es dans les peurs, ont la peau dure, comme celle qui prĂ©tend quâon peut sortir vainqueur dâun combat. Alors la violence se dĂ©chaĂźne Ă nouveau et bien vite âĆil pour Ćil, dent pour dent9â peut devenir âPour un Ćil les deux yeux, pour une dent toute la gueule10.â Câest ainsi que, quand les peurs sont installĂ©es, les hommes nâont pas dâautre choix que de fourbir leurs armes, Ă moins quâadoptant la politique de lâautruche, ils ne nient la rĂ©alitĂ© du conflit en prĂ©tendant quâil est prĂ©fĂ©rable de ne pas y prĂȘter attention. En fait, le conflit est naturel en ce sens quâil est inhĂ©rent Ă notre nature; câest parce que les intĂ©rĂȘts entre les ĂȘtres humains divergent quâils ont Ă gĂ©rer leurs contradictions. La loi de la diffĂ©rence est Ă lâĆuvre partout, ne pas lâaccepter, câest entrer dans le conflit âpĂšre de toute chose11.â Les hommes ne sentent pas que parce que nous voulons la paix, et que le conflit peut enfanter la guerre, il est toujours Ă prendre en considĂ©ration, jamais Ă nĂ©gliger et quâoser en prendre conscience, câest devenir capable de le rĂ©soudre. A lâinverse, le nier câest risquer dâen devenir lâesclave bourreau ou victime en entrant dans le jeu de la violence. Les hommes ne voient pas que devenir peu Ă peu responsable Ă©tymologiquement âavoir la rĂ©ponseâ, câest oser se situer face au conflit. Oui, le conflit est lĂ , je peux ne pas en avoir peur car il nâest pas la violence, ou plutĂŽt je peux faire en sorte quâil ne devienne pas violence. Comment vais-je mây prendre pour le rĂ©soudre dans le sens de ce qui est important pour la relation moi/lâautre ? Je sais que je ne suis pas seul et que jâai Ă me situer par rapport Ă la diffĂ©rence de lâautre. De quel cĂŽtĂ© vais-je me situer ? Du cĂŽtĂ© de celui qui attise le conflit ou du cĂŽtĂ© de celui qui le pacifie ? Le plus souvent, nous avons tellement peur du conflit que nous prĂ©fĂ©rons le nier, ne pas le voir. Nous entendons souvent des personnes dire âMoi je nâaime pas les conflits !â Comme si en nâaimant pas ce que la vie inĂ©luctablement nous propose, elle allait ne plus nous le proposer ! Le pire câest que ces paroles paraissent Ă certains plutĂŽt pacificatrices alors quâelles sont le lit sur lequel insidieusement la violence va pouvoir se propager. Je me mets la tĂȘte dans le sable et je prĂ©tends que tout est en Ă©quilibre alors que par nature, tout le temps, le dĂ©sĂ©quilibre guette Ă travers lâimpermanence des choses et des ĂȘtres et que la paix dâhier est chaque jour remise en cause. Le conflit est lĂ , prĂ©sent devant moi, prĂȘt Ă se mĂ©tamorphoser en violence, Ă moins que⊠je ne le considĂšre avec sĂ©rieux et que, sur la base de lâexpression de la vie qui enfante et devient sans cesse, je dĂ©cide de mây ouvrir pour le gĂ©rer harmonieusement. Avec sagesse et humour, un proverbe zoulou nous fait remarquer la vanitĂ© de la fuite âSi tu avances, on te lancera des sagaies; si tu recules, on te lancera des sagaies. Alors Ă quoi bon reculer.â Face Ă la rĂ©alitĂ© de âce qui estâ, face au conflit crĂ©ateur, nous nâavons pas le choix, tout juste la possibilitĂ© de sentir que la vie est lĂ qui nous attend Ă chaque seconde, que vivre câest devenir, avancer, et que cela est possible, malgrĂ© tout, le cĆur en paix. Oser reconnaĂźtre le conflit dans la relation dâaide. Le principal obstacle que rencontrent les personnes qui travaillent dans une relation dâaide, câest leur angĂ©lisme, qui leur fait penser que puisquâelles sont aidantes, toute situation conflictuelle nâa pas lieu dâĂȘtre dans une relation comme la leur. En fait, elles ont Ă dĂ©couvrir que câest lâinverse et que parce que la relation dâaide est un espace de souffrance, elle est par lĂ -mĂȘme un espace de conflit ! âNi bonnes, ni nonnes, ni connes !â scandaient les infirmiĂšres dans les manifestations de ces derniĂšres annĂ©es, en sentant bien lâimportance quâil y a Ă dĂ©mystifier leur rĂŽle dans la relation dâaide. Garder lâĂ©quilibre pour un aidant, câest arrĂȘter de sâinventer des rĂȘves dans lesquels son sentiment de gratitude ferait Ă©cho au sentiment de reconnaissance des aidĂ©s, quels quâils soient. Non pas que cela ne soit pas possible, mais admettons simplement que cela est rare. Il y a lĂ un deuil Ă faire les lieux de souffrance sont des lieux dâĂ©motion, plus particuliĂšrement des lieux dâexpression des sentiments dâinjustice et de colĂšre, donc des lieux propices aux conflits. Nâen dĂ©plaisent aux aidants qui en souffrent, conditionnĂ©s quâils sont par leur idĂ©alisme qui les empĂȘche de voir la rĂ©alitĂ©. Quand lâaidĂ© vit un bouillonnement intĂ©rieur trop fort, il peut lui arriver dâexploser, de dĂ©compenser, dâĂȘtre agressif et violent et si lâaidant ne le sait pas jâallais dire sâil ne sây attend pas, il en fera durement les frais. Mais, direz-vous, comme je lâentends souvent dans les formations que jâanime sur le thĂšme de la violence et de lâagressivitĂ© il faut que les aidĂ©s comprennent quâils doivent respecter les aidants ! Câest vrai quâil faut que les aidĂ©s le comprennent, mais ce nâest pas parce que nous le souhaitons quâils le feront, câest-Ă -dire quâils en seront capables. Dans la relation dâaide, mĂȘme si ce nâest pas parce quâils sont aidĂ©s que les aidĂ©s ont des droits particuliers, nâest-ce pas parce quâils sont aidants, Ă cause de la nature mĂȘme de leur rĂŽle, que les aidants sâexposent Ă recevoir les rĂ©actions Ă©motionnelles de ceux qui souffrent ? Jâai le sentiment que bien peu dâĂȘtres humains â et malheureusement dâaidants â sont conscients de la rĂ©alitĂ© des faits la plupart du temps, les gens tendus peuvent devenir dangereux, pour eux ou leur entourage. Les aidants nâont pas lâhabitude dâenvisager les aidĂ©s sous lâangle de leur dangerositĂ©, habituĂ©s quâils sont Ă les considĂ©rer sous lâangle de la pitiĂ©. Et pourtant les gens qui souffrent sont susceptibles dâĂȘtre plus dangereux que ceux qui ne souffrent pas, parce que leur souffrance engendre des tensions, tout aidant se retrouve donc, par la nature mĂȘme de la relation quâil tente dâĂ©tablir, plus enclin que dans les relations ordinaires Ă devoir gĂ©rer lâagressivitĂ© et la violence puisquâil a Ă faire Ă des gens qui souffrent. Dâautant plus que, de nos jours, les gens sont beaucoup moins impressionnĂ©s par les dĂ©tenteurs du pouvoir soignants, assistantes sociales, Ă©ducateurs, enseignants, par exemple. Par exemple, certaines personnes contraintes dâattendre aux Urgences sont incapables dâadmettre quâune personne dont le cas est jugĂ© plus grave que le leur puisse leur passer devant ! Et les soignants ont Ă gĂ©rer ces intolĂ©rances avant de pouvoir remplir leur rĂŽle de soignant. Câest vrai que le fait dâĂȘtre malade ou assistĂ©, dâĂȘtre handicapĂ©, ĂągĂ©, ou mĂȘme de souffrir ne donne aucun droit humain particulier et certainement pas celui de tyranniser les aidants. Nous ne pouvons pas admettre â par exemple â que sous prĂ©texte quâun malade se sent abandonnĂ© par sa famille, il sâautorise Ă ĂȘtre agressif vis Ă vis de ceux qui le soignent. Cependant, si la souffrance nâexcuse en rien lâutilisation de la violence, nous nous devons de constater que, de plus en plus souvent, elle force Ă lâexcĂšs et Ă la violence. Les exactions dont les aidants sont les tĂ©moins dans le contexte de toutes sortes de relations dâaide, tant du cĂŽtĂ© de lâaidĂ© que de celui de lâaidant en sont la preuve. Les attitudes gĂ©nĂ©rĂ©es par la peur du conflit. Quand lâaidant se propose dâaider, en appliquant les ordres Ă la lettre et en ayant peur de la rĂ©primande, il risque de se dĂ©shumaniser, câest-Ă -dire de ne plus ĂȘtre capable de se mettre Ă lâĂ©coute de ce quâil sent juste, ce qui est toujours dangereux pour la relation dâaide. Câest la confiance en soi qui doit ĂȘtre le moteur de la relation aidante, pas la peur ! Quand â je viens prĂ©cisĂ©ment dâen rencontrer encore le cas â un directeur de maison de retraite dit dâune façon mĂ©prisante Ă une infirmiĂšre quâil se fout quâelle se fasse rĂ©guliĂšrement frapper Ă coup de canne par Madame Z. alors quâelle lui noue les lacets de ses chaussures et quâil est hors de question pour lui de cĂ©der Ă sa demande dâĂȘtre accompagnĂ©e dâune collĂšgue, il prend la responsabilitĂ© de la rĂ©action en retour de cette infirmiĂšre le risque de la maltraitance12. Car plus nous imposerons nos demandes en Ă©ructant nos ordres et en faisant rĂ©gner la âterreurâ, plus nous obtiendrons la soumission ou la rĂ©volte, gĂ©nĂ©ratrices de comportements de maltraitance, parce que la violence est la mĂšre de la violence. La seule façon de permettre aux aidants de se sentir Ă la hauteur et de rĂ©pondre aux situations dĂ©licates, câest de les soutenir, de les Ă©couter et de ne pas les juger. Plus prĂ©cisĂ©ment de les former et de leur faire sentir quâon leur fait confiance13. Dans son dernier livre âLe souci de lâautreâ, qui sâinterroge sur la place de lâhumain Ă lâhĂŽpital en ce dĂ©but du XXIĂšme siĂšcle, Marie de Hennezel, plaide pour la rĂ©ciprocitĂ© du respect entre lâaidant et lâaidĂ©. Elle dĂ©plore la tendance de beaucoup de soignants Ă tomber, malgrĂ© eux, dans ce quâelle nomme le âsystĂ©matismeâ, et en conclut que ce qui manque aux soignants câest une rĂ©flexion sur le sens et les limites des Le âsystĂ©matismeâ est ce qui conduit lâaidant Ă penser que lâaidĂ© ne devrait pas ĂȘtre comme il est, surtout quand ce quâil est lui pose problĂšme pour remplir le rĂŽle quâon lui a demandĂ© de jouer. Pour ne pas y cĂ©der, câest-Ă -dire pour ne pas nier le sens mĂȘme de la relation dâaide Ă lâautre, lâaidant a un recours, câest de se dire âJe prends cette dĂ©cision parce que je suis en accord avec moi-mĂȘme.â Ătre en accord avec soi-mĂȘme, câest parvenir Ă ĂȘtre en accord avec ce que lâon veut au plus profond de soi câest-Ă -dire avec le sens que lâon veut personnellement donner Ă son rĂŽle. Et câest la seule maniĂšre dâapprendre Ă se situer vis Ă vis des rĂšgles Ă©dictĂ©es par les institutions, comme vis Ă vis de lâagressivitĂ© ou de la violence des aidĂ©s. RĂ©cemment, en formation, jâai eu toutes les peines du monde Ă tenter de faire sentir Ă une aide-soignante, alors que jâĂ©tais aidĂ© en cela par une bonne partie du groupe que plus important que la rĂšgle qui disait que la toilette des personnes ĂągĂ©es devait ĂȘtre faite chaque matin, il y avait ce quâelle Ă©tait capable de percevoir âen son Ăąme et conscienceâ, du besoin de ce malade qui nâavait pas lâhabitude â par le passĂ© â de se laver chez lui plus dâune fois par semaine. âOn voit que ce nâest pas vous qui vous feriez rĂ©primander par la directrice !â me rĂ©pliquait-elle, non sans un certain bon sens. Dans un autre contexte, soumis Ă leur mauvaise conscience et Ă leur culpabilitĂ©, en fait Ă leur absence de maturitĂ©, il nâest pas rare que des familles exercent des pressions souvent insoutenables sur des soignants qui nây sont pas du tout prĂ©parĂ©s. Un fils, incapable dâaccepter la lente et pourtant naturelle dĂ©chĂ©ance de sa mĂšre, se retrouvera prisonnier psychologiquement de son dĂ©sir de la sauver. Il tentera par exemple dâexercer une forte pression sur cette aide-soignante en lui faisant sentir que si sa mĂšre ne mange pas, il lâen tiendra pour responsable. Câest ainsi que contrainte, aux abois, ne sachant plus que faire et se sentant personnellement en danger, lâaide-soignante aura beaucoup de mal, Ă ne pas exercer, Ă son tour, une pression nuisible sur sa pensionnaire en la forçant Ă manger ce quâelle ne veut pas manger. Lâaidant victime de sa propre violence. La violence subie est partout pour lâaidant qui nâa pas appris Ă ne pas en devenir la victime. Quand elle ne vient pas de lâautre, elle est une pulsion destructrice contre soi-mĂȘme la culpabilisation. Malheureusement beaucoup dâaidants, encore une fois contraints par leur idĂ©al de relation aidante, nâont pas dâautre choix que de culpabiliser Ă la moindre difficultĂ© vĂ©cue par lâaidĂ©. De mĂȘme que certains mĂ©decins en arrivent Ă faire de la mort une affaire personnelle, le risque de beaucoup dâaidants est de penser quâils sont responsables de lâĂ©chec personnel de celui quâils aident ou de la dĂ©gradation de lâĂ©tat dâun malade. Et donc ils sâen veulent, se critiquent de â soi-disant â nâavoir pas Ă©tĂ© Ă la hauteur, sans voir quâils ne sont en aucune maniĂšre les maĂźtres du destin de lâautre, et quâils ne peuvent que tenter de lâinflĂ©chir. En fait, ils confondent leur relation dâaide lâaction, avec le rĂ©sultat de leur relation dâaide le fruit de lâaction que trop souvent ils considĂšrent comme un dĂ». Sentir comment on a Ă agir est une chose, penser que cela doit absolument rĂ©ussir en est une autre, or â souvent â les aidants confondent les deux. Cette assistante sociale dĂ©bordĂ©e prend le temps dâĂ©couter un long moment, dans son bureau, ce chĂŽmeur de longue durĂ©e en plein dĂ©sarroi, elle lâĂ©coute parce âquâen son Ăąme et conscienceâ, elle sent quâil en a besoin. Elle apprend, quelques jours plus tard, quâen sortant de son bureau, il a fait une tentative de suicide. Bien quâayant pris soin de lâĂ©couter, il lui faudra beaucoup de luciditĂ© pour ne pas cĂ©der aux dĂ©mons du doute et de la mauvaise conscience. Pour que consciente de ce quâelle a senti devoir faire et ĂȘtre, elle ne se sente pas responsable de lâacte dĂ©sespĂ©rĂ© de lâaidĂ©. Nous pourrions dire que nous ne sommes responsables que de ce que nous faisons, jamais ce que nous aurions dĂ» faire. Câest cela, agir, au prĂ©sent, âen son Ăąme et conscience.â Câest quand il lâoblige Ă devoir rĂ©ussir que lâidĂ©al de lâaidant nâest pas son alliĂ© mais son bourreau. Oser se remettre en cause pour un aidant, câest se donner la possibilitĂ© de faire le deuil de sa toute puissance Ă soulager, Ă guĂ©rir, Ă aider⊠pour sâouvrir Ă lâhumble rĂ©alitĂ© du possible, dans un monde trop souvent mĂ©galomaniaque qui prend ses rĂȘves les plus fous pour la rĂ©alitĂ© et se retrouve victime de lâillusion quâil a lui-mĂȘme créée. Câest ainsi que â paradoxalement â câest lâespoir mĂȘme de lâaidant pour lâaidĂ© qui peut dĂ©naturer la relation dâaide. Les risques pour lâaidant. Que serait lâaidant dans la relation dâaide sâil nâĂ©tait plus contraint par le regard de lâautre ? Un aidant devenu libre dâaider ! Parfois, soumis par la contrainte que lui impose sa relation Ă son collĂšgue ou Ă son supĂ©rieur, lâaidant inhibe ses rĂ©actions, divisĂ© intĂ©rieurement entre ce quâil croit devoir faire et les contraintes quâexerce sur lui-mĂȘme sa peur de lâautre. Incompris, certains craquent, câest le âburn-outâ, la dĂ©pression, ils sâĂ©liminent eux-mĂȘmes Ă lâoccasion dâun Ă©vĂ©nement qui souvent, bien que peu important en soi, fait lâeffet de la goutte dâeau qui fait dĂ©border le vase. Je suis le tĂ©moin de ce refoulement Ă chaque formation que jâanime ou presque, quand, au dĂ©tour de lâĂ©vocation dâune expĂ©rience professionnelle, une ou plusieurs aidantes fondent en larmes, profitant de lâopportunitĂ© dâĂ©coute et de respect qui leur est proposĂ©e pour vider leur trop plein depuis si longtemps emmagasinĂ©. Chacun aura Ă lâesprit les symptĂŽmes des aidants sujets au âburn-outâ arrĂȘts-maladie, absentĂ©isme, dĂ©bordements Ă©motionnels non adaptĂ©s aux situations, incapacitĂ© Ă restreindre ses efforts comme Ă reconnaĂźtre ses propres besoins, incapacitĂ© Ă communiquer ses Ă©motions inhibition, sentiment du âĂ quoi bonâ, etc. Au niveau collectif, on assiste Ă un absentĂ©isme chronique, Ă une importante rotation du personnel, Ă une mauvaise coopĂ©ration entre les personnes, Ă des phĂ©nomĂšnes de âbouc Ă©missaireâ, Ă une dynamique de groupe nĂ©gative, Ă des critiques mutuelles et des absences dâinitiatives avec des attitudes nĂ©gatives et des rĂ©actions de repli sur soi. Alors que faire ? Maintenant que nous avons fait le tour des principales raisons qui expliquent que les aidants soient confrontĂ©s Ă la violence, nous allons voir les attitudes quâils peuvent mettre en place pour gĂ©rer un aidĂ© agressif ou violent. Comment permettre Ă lâaidant de sortir du cercle vicieux dâune relation qui peut lâamener Ă renier le sens mĂȘme de son rĂŽle ? Comment doit-il sây prendre pour rĂ©ussir Ă ne pas sâidentifier au rĂŽle de victime que son agresseur projette sur lui ? Autrement dit, comment doit-il sây prendre pour ne pas donner dans le panneau du rapport de force ? Que lâagresseur se prĂ©sente dans le rĂŽle de la personne quâil veut aider ou dans celui de son responsable, il faudra Ă lâaidant beaucoup de force et de maĂźtrise de soi pour ne pas cĂ©der Ă la panique dĂ©clenchĂ©e par lâaffrontement. Dâabord observer Ă quoi nous obĂ©issons. Lâattitude premiĂšre avec laquelle lâaidant se situera dĂšs le dĂ©but de la relation avec lâaidĂ© sera prĂ©pondĂ©rante la peur du conflit risque de lui en faire devenir trĂšs facilement la victime. Chacun de nous a dĂ©jĂ fait lâexpĂ©rience de la maniĂšre dont il se situe avec sa peur, dans une rue, face Ă un chien enfermĂ© dans une voiture. Notre peur risque fort dâĂ©veiller chez lui une propension Ă aboyer rageusement. âTrop souvent, lâagressĂ© timorĂ© communique Ă son agresseur des messages de soumission et de peur qui peuvent le conforter dans son dessein. LâagressĂ© doit rompre cette rationalitĂ© qui le mĂ©tamorphose, lentement et malgrĂ© lui, en victime. 15.â La difficultĂ© premiĂšre dans la gestion de lâagressivitĂ© ou de la violence de lâaidĂ© est la division de lâaidant dâun cĂŽtĂ© alertĂ© par son sentiment dâinsĂ©curitĂ© il sent bien que lâautre lui marche sur le pied, donc il se rebiffe ou se ferme et, de lâautre cĂŽtĂ©, conscient de son rĂŽle, il aimerait mettre tout en Ćuvre pour sâouvrir Ă la demande de lâautre. Câest son Ă©motion personnelle de peur qui est en fait un refus de lâautre tel quâil est qui est lâobstacle qui empĂȘche lâaidant dâentrer en relation pacifique avec lâaidĂ©. Martin Luther King disait ânotre problĂšme nâest pas de nous dĂ©faire de la peur mais de la maĂźtriser.â Or avant de la maĂźtriser et pour pouvoir la maĂźtriser, il faut lâaccueillir. MaĂźtriser sa peur, câest parvenir Ă gĂ©rer cette contradiction plutĂŽt que de rester Ă©cartelĂ© entre ces deux forces contradictoires je dois aider cette personne et je nâai quâune envie, câest de fuir ou de lui rentrer dedans. La capacitĂ© Ă lâhonnĂȘtetĂ© et Ă la sincĂ©ritĂ© avec soi-mĂȘme est ici prĂ©pondĂ©rante. Lâaidant aura-t-il la luciditĂ© de reconnaĂźtre son malaise et son insĂ©curitĂ© plutĂŽt que de les nier sous prĂ©texte que ces Ă©motions ne sont pas conformes Ă son rĂŽle ? Voir quâil a peur donc quâil ne sâidentifie pas Ă son insĂ©curitĂ© lui donne la possibilitĂ© de la comprendre et de la gĂ©rer, en un mot de faire avec de la maĂźtriser et non pas de la refouler en se racontant lâhistoire fausse de sa sĂ©rĂ©nitĂ©. RĂ©capitulons Un aidant qui nâa pas peur de lâaidĂ© peut entrer en relation dâaide, câest-Ă -dire sâouvrir Ă lâaidĂ©. Un aidant qui a peur de lâaidĂ© peut â dĂšs lors que conscient de sa peur, il ne la nie pas mais lâaccueille â maĂźtriser sa peur et entrer en relation dâaide, câest-Ă -dire sâouvrir Ă lâaidĂ©. Un aidant qui a peur de lâaidĂ© ne peut pas â inconscient de sa peur et la niant, la refoulant au plus profond de lui â maĂźtriser sa peur et entrer en relation dâaide, câest-Ă -dire sâouvrir Ă lâaidĂ©. La seule maniĂšre de pouvoir gĂ©rer la violence de lâautre commence, pour lâaidant, par oser constater lâeffet quâelle lui fait, car câest parce quâil lâaura constatĂ©, et quâil se sera ouvert Ă ce quâil aura constatĂ©, quâil pourra commencer Ă envisager sa relation Ă lâautre. Lâobservation de soi est donc prĂ©pondĂ©rante parce quâelle conditionne la possible maĂźtrise de soi. ReconnaĂźtre honnĂȘtement son insĂ©curitĂ© et sa peur. Il faut dĂ©jĂ un certain entraĂźnement Ă la connaissance de soi câest-Ă -dire Ă la confrontation avec âce qui estâ en soi, pour oser reconnaĂźtre sa peur. Le plus souvent, notre peur se prĂ©sente Ă nous masquĂ©e parce que depuis notre plus jeune Ăąge, nous avons appris Ă la nier, notamment pour faire plaisir Ă nos Ă©ducateurs. Nous Ă©tant dĂ©fendus dâavoir peur, nous sommes arrivĂ©s Ă croire que nous nâavions pas peur. Comment ? En nous racontant des histoires sur les autres. La meilleure façon que nous ayons trouvĂ©e de ne pas montrer nos Ă©motions Ă©tant de parler de celles des autres, nous avons focalisĂ© notre attention sur celles des autres. Ainsi cet enseignant en arrive-t-il Ă justifier sa rĂ©ponse agressive Ă un Ă©lĂšve en prĂ©tendant que celui-ci nâa pas Ă lui parler avec ces mots-lĂ . LĂ , nous tombons dans le rapport de forces et sa justification⊠dupes de nous-mĂȘmes, nous nous âangĂ©lisonsâ, grĂące Ă lâalibi de la bonne conscience. Et le tour est jouĂ© ! Remarquez avec quelle aise, dĂšs que nous ne comprenons pas les rĂ©actions de lâautre, nous nous protĂ©geons avec nos jugements, les plus hĂątifs Ă©tant souvent les plus efficaces. âPourquoi âilâ rĂ©agit comme ça ? Laisse, câest un con !â On connaĂźt lâĂ©ternel argument des personnes en Ă©tat de guerre je cesserai de lui taper dessus quand il cessera de me taper dessus. Et la violence se trouve ainsi logiquement justifiĂ©e et cela dure, dure ! La maĂźtrise de soi dans une relation conflictuelle demande donc prĂ©alablement Ă celui qui la pratique; une luciditĂ© particuliĂšre vis Ă vis de ses peurs et de ses malaises. En fait, câest parce que je vois ce qui suscite mon Ă©motion que je suis moins dĂ©pendant dâelle. Si vous souhaitez y voir plus clair dans votre relation conflictuelle avec un aidĂ©, arrĂȘtez-vous quelques instants et rĂ©pondez pour vous-mĂȘme, en toute honnĂȘtetĂ©, Ă ces questions Dans ma relation dâaide, jâai les plus grosses difficultĂ©s avec⊠Quand les choses ne vont pas bien avec cette personne, jâai tendance à ⊠En fait je vis une Ă©motion de⊠Dans ce contexte, mon besoin rĂ©el est⊠Devenir plus lucide et conscient de soi. Nous avons vu ce qui nous empĂȘche de âvoirâ, intĂ©ressons-nous maintenant Ă ce qui favorise notre luciditĂ©. Dâabord notre dĂ©termination, notre intention dây voir clair et de ne plus nous laisser mener par nos schĂ©mas inconscients16. Ensuite des exercices simples Ă pratiquer pour nous aider Ă retrouver cette âconscience de soiâ que nous perdons dans lâĂ©motion, happĂ©s que nous sommes par le rĂŽle que notre agresseur voudrait nous faire jouer La simple respiration consciente, permet de nous retrouver âchez nousâ, de renouveler notre Ă©nergie et de rĂ©-oxygĂ©ner notre cerveau17. La pratique rĂ©guliĂšre du yoga, du taĂŻ-chi ou des arts martiaux contribuera largement Ă notre capacitĂ© Ă mettre notre conscience dans le fameux âharaâ des japonais18, câest-Ă -dire le ventre, lieu de la force vitale. Le but Ă©tant de parvenir Ă une disponibilitĂ© telle vis-Ă -vis de nous-mĂȘme que nous ne nous laisserons pas distraire ou menacer par lâextĂ©rieur. Avoir une vue dâensemble Câest sur la base dâune conscience Ă©largie que lâaidant pourra sâouvrir Ă lâaidĂ© sans risquer dâen faire les frais. LĂ , il pourra observer la totalitĂ© de la relation câest-Ă -dire ses deux points de vue âCe que lâautre est pour moiâ ce que lâaidĂ© est pour lâaidant le plus souvent un aidĂ© parmi tant dâautres, occupant un petit espace de son temps dans une journĂ©e trĂšs remplie. âCe que je suis pour lâautreâ ce que lâaidant est pour lâaidĂ© le plus souvent une personne qui compte, dont il a besoin et qui occupe un moment trĂšs important dans de son temps Ă lui. Parce quâil sait que la relation dâaide demande Ă ce que sa perception ne soit pas limitĂ©e Ă son seul point de vue, lâaidant peut devenir capable de lâĂ©largir Ă une vue dâensemble. Dans le contexte de la relation Ă un aidĂ© rĂ©actif et dangereux, lâaidant aura particuliĂšrement besoin de prĂ©sence, de sang-froid et de vue dâensemble, notamment pour parer au danger qui menace. Se relier Ă lâaidĂ©. Enfin, cela va ĂȘtre le moment pour lâaidant de se relier Ă son interlocuteur. De se souvenir que lâagressivitĂ© ou la violence de celui-ci ne sont que le produit de la frustration de ses besoins, câest-Ă -dire de souffrances depuis trop longtemps refoulĂ©es. On pourrait dire de reconnaĂźtre la personne humaine sous le masque de lâapparence. Comme le dit le poĂšte Rilke âPeut-ĂȘtre tous les dragons de notre vie ne sont-ils que des princesses qui attendent de nous voir agir juste une fois avec beautĂ© et courage. Peut-ĂȘtre tout ce qui est terrible est, dans sa plus profonde essence, quelque chose dâimpuissant qui a besoin de notre amour.â Il ne sâagit pas dâĂȘtre naĂŻf ou de sâillusionner mais dâoser voir la rĂ©alitĂ© humaine telle quâelle est la violence prĂ©sente est toujours le rĂ©sultat de quelque chose qui nâa pas Ă©tĂ© entendu chez quelquâun et qui veut se faire entendre. Alain Peyrefitte, alors ministre de la justice du gouvernement du PrĂ©sident Giscard dâEstaing Ă©crivait dans son âRapport sur la violenceâ Le Monde du 3 aoĂ»t 1977 âQuand il nâest plus possible de parler, ni de comprendre, quand on ne veut plus subir, alors naĂźt la violence, pour affirmer que lâon existe.â Se souvenir de cela câest devenir capable de ne pas rĂ©agir Ă la violence sur le mode âĆil pour Ćil, dent pour dent9.â Se souvenir de cela, câest aussi devenir capable de trouver en soi la rĂ©ponse aidante appropriĂ©e Ă lâaidĂ© plutĂŽt que dâĂȘtre hypnotisĂ© par le dragon. DĂ©jouer le risque pour la relation dâaide. La plupart du temps, lâaidant, victime de ses propres dĂ©mons, câest-Ă -dire de son Ă©motion qui lui fait interprĂ©ter lâĂ©motion de lâaidĂ© dâune façon monstrueuse pour lui aidant, nâa dâautre recours que dâessayer dâendiguer la violence de lâaidĂ© par des raisonnements, des paroles dures ou des interdits. Câest justement parce que la guerre est dĂ©clarĂ©e chez lâautre quâil convient surtout de ne pas le bĂąillonner ! Vouloir interdire lâexpression dâun aidĂ© qui se sent victime dâune injustice par exemple, câest non seulement sâempĂȘcher de pouvoir lâaider pour longtemps, mais surtout vouloir avec notre corps obstruer un barrage qui cĂšde ! Quelle maladresse ! Les paroles maladroites parler âsurâ lâautre avec des reproches, vouloir le convaincre en lui disant comment il devrait ĂȘtre et le raisonner en lui expliquant ce quâil devrait faire, sont non seulement inappropriĂ©es mais nuisibles pour tout le monde parce quâelles vont exactement Ă lâencontre du but recherchĂ©. En fait, plus on dit Ă une personne agressive ou violente quâelle ne devrait pas ou nâa aucune raison dâĂȘtre agressive ou violente, plus on renforce son agressivitĂ© et sa violence. La premiĂšre attitude que nous avons Ă adopter devant la violence est de la reconnaĂźtre, câest-Ă -dire de ne pas lui rĂ©sister, car câest justement sur la base de la non-rĂ©sistance que nous pourrons la calmer, mĂȘme et surtout parce que nous la trouvons dangereuse et injuste. Le sens de la relation dâaide nâest pas de maĂźtriser lâaidĂ©, mais de lâaider Ă ce quâil se maĂźtrise; et pour rĂ©ussir cela, lâaidant doit pouvoir compter sur sa propre maĂźtrise. Lorsque quelquâun est agressif, il est submergĂ© par une Ă©nergie dĂ©vastatrice qui lâenvahit et tout ce qui vient âtoucherâ cette Ă©nergie en dĂ©cuple les forces. Au contraire sâil nây a pas de rĂ©sistance, les Ă©nergies sâĂ©coulent, la violence ayant toujours besoin de trouver Ă qui se confronter pour exister. Car voici comment fonctionne lâĂȘtre humain non contrĂ© dans son agressivitĂ© âaprĂšs plusieurs essais infructueux pour allumer son briquet, un homme le jette par terre et le piĂ©tine, dans un accĂšs de colĂšre. Et puis, il le ramasse, lâessuie et regarde sâil nâest pas Tout ce que nous avons Ă faire en tant quâaidant, quand nous sommes confrontĂ©s Ă lâagressivitĂ© et Ă la violence de lâaidĂ©, câest de ne surtout pas toucher Ă son endroit sensible, surtout de ne pas y faire la moindre allusion et â si possible â dâattendre tranquillement que ça passe. Pourquoi ? âParce quâil est inutile dâaccomplir des actions qui sont immĂ©diatement annulĂ©es par la rĂ©action de forces Ă©gales et opposĂ©es20.â Il vaut donc mieux pour lâaidant quâil sache ne pas mettre de lâhuile sur le feu et laisser retomber la pression. Trouver la rĂ©ponse appropriĂ©e⊠La conscience rĂ©aliste des forces en prĂ©sence nous invite Ă simplement tenter dâapaiser ce que nous ne pouvons pas endiguer et le seul moyen que nous ayons pour apaiser un fleuve en crue, câest de lui donner un lit afin quâil sâĂ©coule câest-Ă -dire, en lâoccurrence, une oreille attentive, une Ă©coute neutre. Nous pouvons mĂȘme lui faire sentir que nous sommes tout Ă fait dâaccord pour quâil sâĂ©coule dans le lit que nous avons prĂ©parĂ© pour lui aprĂšs tout, ne sommes-nous pas au cĆur de notre rĂŽle dâaidant ? LâexcĂšs Ă©nergĂ©tique pousse celui qui en est la victime Ă la dĂ©charge. Comment lâaidant va-t-il sây prendre pour permettre Ă cette Ă©nergie, neutre en soi mais potentiellement dĂ©vastatrice, de se rĂ©guler ? âŠrĂ©habiliter le comportement de lâaidĂ©. Lâune des plus grandes intuitions de Freud, au dĂ©but du siĂšcle dernier, a Ă©tĂ© de substituer la non connaissance des causes de certains comportements Ă lâabsence de cause. PlutĂŽt que de dire quâil nây a pas de cause au comportement de cet homme et de le qualifier de fou, dire quâil y a une cause que moi aidant, je peux, par exemple, ne pas cerner encore, et que cet homme est malade. Si cet aidĂ© se conduit comme il se conduit, il a forcĂ©ment une raison juste pour lui, câest Ă lâaidant de la dĂ©coder, si possible. La raison peut sembler, Ă lâaidant, stupide, dangereuse ou inappropriĂ©e, mais elle est toujours valable aux yeux de lâaidĂ©. La comprĂ©hension est libĂ©ratrice pour les deux parties, elle est libĂ©ratrice pour lâaidant qui comprend les raisons pour lesquelles lâaidĂ© a agi comme il a agi et qui par lĂ mĂȘme se dĂ©tend, elle est Ă©galement libĂ©ratrice pour lâaidĂ© qui se sent compris par lâaidant. Le simple fait de rĂ©habiliter la raison de son agressivitĂ© ou de sa violence aura pour effet de faire tomber la pression causĂ©e par son Ă©motion. Et puis, lâart de lâaidant nâest il pas de comprendre mieux lâaidĂ© que celui-ci ne se comprend lui-mĂȘme ? Lâaidant âcomprenantâ, donc dĂ©tendu, ne peut plus se fĂącher, ce qui lui permet dâaider vraiment celui avec lequel il est dĂ©sormais reliĂ©. La finesse avec laquelle lâaidant procĂ©dera sera bien sĂ»r trĂšs importante. Les personnes Ă qui je propose en formation de travailler cette attitude, dĂ©couvrent quâelle nâest pas une technique qui peut ĂȘtre apprise avec la tĂȘte, on ne peut pas jouer Ă celui qui comprend les raisons de lâagressivitĂ© de lâautre cela sâappellerait du cynisme ou de la manipulation, de la part dâun aidant victime de son insĂ©curitĂ© et la relation dâaide disparaĂźtrait, mais on peut les comprendre avec authenticitĂ©, câest-Ă -dire avec la totalitĂ© de soi-mĂȘme rĂ©unie la tĂȘte qui pense, le cĆur qui ressent et le corps qui agit et montre. Câest cela, âĂȘtre en relation dâaideâ. Si, unifiĂ© en lui-mĂȘme, lâaidant parvient simplement Ă faire sentir Ă lâaidĂ© agressif quâil est totalement en accord avec lui pour par exemple que, dans les circonstances prĂ©sentes, il ait agi comme il a agi et sâil lui montre quâil est totalement en accord avec lui, câest parce quâil ne veut pas que cela dure et quâil souhaite ramener la paix, alors, instantanĂ©ment, lâĂ©nergie dâagressivitĂ© de lâaidĂ© sâapaisera parce que, prĂ©parant la guerre et comptant sur la rĂ©sistance, il se retrouvera face au vide de lâabsence dâadversaire. Un peu comme une flamme qui, subitement sans air, sâĂ©teint. Si de plus, il parvient Ă lui faire sentir quâil comprend pourquoi il agit comme il agit, pourquoi il se montre comme il se montre, alors il permettra Ă lâĂ©nergie de la personne agressive de sâĂ©couler. Lâattitude de rĂ©ponse comprend deux mouvements distincts Celui de lâacceptation inconditionnelle reconnaissance par lâaidant de ce que lâaidĂ© a Ă©tĂ©. Celui de la comprĂ©hension reconnaissance par lâaidant de la raison â valable pour lâaidĂ© â qui fait quâil a Ă©tĂ© ce quâil a Ă©tĂ©. Parfois, certains aidants en position dâinsĂ©curitĂ© objecteront en souriant ironiquement âmais ne croyez-vous pas quâil va en profiter ?â Ils confondent alors la comprĂ©hension de la raison de lâautre avec le laxisme ou la dĂ©mission, car comprendre lâautre nâest pas âĂȘtre dâaccordâ avec lui; câest une attitude qui demande Ă lâaidant une participation active. Comprendre que cette personne ĂągĂ©e enfermĂ©e malgrĂ© elle depuis 6 mois dans une maison de retraite nâa pas, pour le moment, dâautre recours que de frapper Ă coup de canne tous les soignants qui passent Ă sa portĂ©e, nâempĂȘche Ă©videmment pas lâaidant de tout faire pour Ă©viter les coups ! Il sera toujours clair pour lâaidant que lâattitude violente de lâaidĂ© nâest pas juste et quâelle est un manque de respect. Câest justement parce quâil sait que cette attitude nâest pas juste quâil ne la cautionne pas en rentrant dans son jeu et quâil nâa pas la naĂŻvetĂ© de croire quâen confrontant cette personne ĂągĂ©e Ă la rĂ©alitĂ©, câest-Ă -dire en lui mettant des limites, il parviendra Ă faire cesser sa violence. Comprendre une attitude violente permet Ă lâaidant de ne plus en avoir psychologiquement peur, donc lâaide notamment Ă ne plus avoir besoin de porter sur elle des jugements nĂ©gatifs. Face Ă la violence de lâaidĂ©, lâaidant a Ă Ă©valuer la gravitĂ© de la situation et Ă agir, pas Ă la juger avec ses peurs. Dans la pratique, âimaginez que votre fils se rĂ©veille un matin et sâaperçoive quâil est dĂ©jĂ tard. Il dĂ©cide de rĂ©veiller sa petite sĆur, afin quâelle ait le temps de prendre son petit dĂ©jeuner avant de se rendre Ă lâĂ©cole. Il se trouve quâelle est de mauvaise humeur et quâau lieu de lui dire âMerci de mâavoir rĂ©veillĂ©eâ, elle dise âTais-toi ! Laisse-moi tranquille !â et lui donne un coup. Il va probablement se fĂącher, pensant âJe lâai gentiment rĂ©veillĂ©e. Pourquoi donc mâa-t-elle frappĂ© ?â Il aura peut-ĂȘtre envie de venir dans la cuisine vous en parler, ou mĂȘme de lui rendre son coup. Mais alors il se souvient que sa sĆur a beaucoup toussĂ© pendant la nuit et il se dit quâelle doit ĂȘtre malade. Elle sâest peut-ĂȘtre comportĂ©e ainsi Ă cause de cela. A ce moment prĂ©cis, il comprend et nâest plus fĂąchĂ© du NâĂ©tant plus fĂąchĂ© du tout, il peut la regarder avec un sourire bienveillant et se sentant regardĂ©e ainsi, sa petite sĆur, pourra sans doute se dĂ©tendre et mĂȘme sâexcuser ! Câest en les comprenant que lâaidant peut soulager les souffrances de lâaidĂ© et permettre Ă son agressivitĂ© de se mĂ©tamorphoser. Câest parce que cette personne ĂągĂ©e ne se sentira pas jugĂ©e mais comprise, quâelle osera exprimer verbalement lâinjustice quâelle ressent dâavoir Ă©tĂ© mise en maison de retraite par ses enfants, sans son consentement, et quâelle nâaura plus besoin de lâexprimer par des coups de canne. La maĂźtrise de soi reliĂ©e Ă la comprĂ©hension de lâautre ne peut jamais trouver son fondement dans le âje dois le faireâ, mais dans le âje sens que je peux le faire et que câest juste ici et maintenantâ. Pour conclure. Ainsi vous savez maintenant que le conflit nâentraĂźne pas nĂ©cessairement lâĂ©chec de la relation, tout dĂ©pend de la maniĂšre dont il est gĂ©rĂ©. Vous savez que dans le conflit, il est possible dâĂ©viter les procĂšs dâintention et les invectives en diffĂ©renciant la personne de son acte. Vous avez compris que la peur de se âfaire avoirâ est lâobstacle qui nous empĂȘche de nous ouvrir Ă lâautre, quâil soit agressif ou mĂȘme violent. Vous avez compris quâune communication vraie ne prĂ©suppose pas de dire Ă lâautre ce que lâon pense de lui et ce quâil devrait faire, mais demande au contraire que nous soyons ouvert Ă lui et que nous le comprenions en le lui montrant, sans pour cela devoir nĂ©gliger ce que nous ressentons. Vous avez compris que de recourir Ă la violence, câest ne pas voir plus loin que le bout de son nez⊠parce que lâhistoire des relations humaines nous montre que la victime nâa de cesse de prendre sa revanche, Ă moyen ou Ă long terme et que seules lâĂ©coute et la comprĂ©hension permettent Ă un aidant dâaider tout en se prĂ©servant, en se prĂ©servant en particulier de juger. Car comme le disait AndrĂ© Malraux âAvant de juger, il faut comprendre et quand on a compris, on nâa plus envie de juger.â Notes 1 Archives de mĂ©decine pĂ©diatrique et de mĂ©decine de lâadolescent, Mai 2000. 2 CitĂ© par Boris Cyrulnik, âUn merveilleux malheurâ, Ăditions Odile Jacob, 2002, page 8. 3 Bulletin dâinformation de lâOMS No 241, Juin 2000. 4 Organisation mondiale de la santĂ©, Violence against women a priority health issue, Violence contre les femmes une question de santĂ© prioritaire 1997. 5 Source Ăvolution des suicides sur une longue pĂ©riode, Direction de la recherche des Ă©tudes, de lâĂ©valuation et des statistiques, aoĂ»t 2002. 6 MacKay C 1994, Violence to health care professionals a health and safety perspective Violence contre les professionnels des soins de santĂ© une perspective soucieuse de santĂ© et de sĂ©curitĂ©. 7 Fiche dâinformation du CII Conseil International des InfirmiĂšres sur la violence, 1999. 8 âSi tu veux la paix, prĂ©pare la guerreâ, formule de lâĂ©crivain latin VĂ©gĂšce, auteur, Ă la fin du IVĂšme siĂšcle aprĂšs JC, dâun TraitĂ© de lâart militaire. 9 Slogan de la loi du talion, loi selon laquelle la sentence est Ă©quivalente Ă lâoffense. En vigueur avec le code dâHammourabi, roi de Babylone, 1792-1750 avant JC. Avant le Talion, il existait des lois primitives basĂ©es sur le principe de la vengeance personnelle. 10 Paul Vaillant-Couturier, journaliste et homme politique français, membre du PCF 1892-1937. 11 HĂ©raclite dâĂphĂšse, philosophe prĂ©socratique grec 550-480 av. JC. 12 Voir mon article intitulĂ© âPrĂ©vention de la maltraitance douceurs et violences ordinaires en maison de retraite et en long sĂ©jourâ. 13 Voir mon article intitulĂ© âLe risque du manager en Ă©tablissement de santĂ© ne pas savoir sây prendre avec ses collaborateursâ. 14 Marie de Hennezel, âLe souci de lâautreâ, Ăditions Robert Laffont, 2004, page 112. 15 Eirick Prairat, âDe lâinsĂ©curitĂ© Ă la maĂźtrise de soiâ. Lâaction non-violente, guide thĂ©orique et pratique, Non-Violence ActualitĂ©. 1985. 16 Voir mon article intitulĂ© âVoir ses schĂ©mas Ă lâĆuvre pour y renoncerâ. 17 Voir lâexercice intitulĂ© âApprendre Ă se dĂ©tendreâ. 18 Vous pourrez lire avec profit le livre de DĂŒrkheim, âHara, centre vital de lâhommeâ, Ăditions Le Courrier du Livre, 1989. 19 Itsuo Tsuda, âLe non-faireâ, Ăditions Le Courrier du livre, 1985. 20 Arnaud Desjardins, âRegards sages sur un monde fouâ, Ăditions La Table Ronde, 1997. 21 Thich Nhat Hanh, La sĂ©rĂ©nitĂ© de lâinstantâ, Ăditions Dangles, 1992. © 2004 Renaud PERRONNET Tous droits rĂ©servĂ©s. âââââ Moyennant une modeste participation aux frais de ce site, vous pouvez tĂ©lĂ©charger lâintĂ©gralitĂ© de cet article 15 pages au format PDF, en cliquant sur ce bouton âââââ- Pour aller plus loin, vous pouvez lire sur ce site Pourquoi un travail thĂ©rapeutique ? Vous pouvez Ă©galement tĂ©lĂ©charger les fiches pratiques inĂ©dites Comment sây prendre pour faire une critique Ă lâautre ? 14 points pour rĂ©gler ses conflits sans se perdre Comment sây prendre avec un aidĂ© agressif ? La ligne de conduite de lâĂ©coute ĂVOLUTE Conseil est un cabinet dâaccompagnement psychothĂ©rapeutique et un site internet interactif de plus de 8 000 partages avec mes rĂ©ponses. Avertissement aux lectrices et aux lecteurs Il est possible que les idĂ©es Ă©mises dans ces articles vous apparaissent osĂ©es ou dĂ©concertantes. Le travail de connaissance de soi devant passer par votre propre expĂ©rience, je ne vous invite pas Ă croire ces idĂ©es parce quâelles sont Ă©crites, mais Ă vĂ©rifier par vous-mĂȘme si ce qui est Ă©crit et que peut-ĂȘtre vous dĂ©couvrez est vrai ou non pour vous, afin de vous permettre dâen tirer vos propres conclusions et peut-ĂȘtre de vous en servir pour mettre en doute certaines de vos anciennes certitudes. Cliquez ici pour en savoir plus sur qui je suis Cliquez ici pour en savoir plus sur Ăvolute ConseilDejeunes soignants racontent : "J'ai Ă©tĂ© mobilisĂ© contre le Covid-19". Durant la crise sanitaire du printemps 2020, des Ă©lĂšves infirmiers ont Ă©tĂ© appelĂ©s en renfort dans les hĂŽpitaux ou les Ehpad. Une expĂ©rience bouleversante dont 61 Ă©tudiants de l'IFSI de Villefranche-sur-SaĂŽne tĂ©moignent dans un livre.
Câest quoi un diplĂŽme dâĂ©tat dâaide -soignant ? Laissant une large place Ă la pratique, la formation conduisant au DiplĂŽme dâEtat dâaide-soignant forme de futurs professionnels, capables dâassurer des activitĂ©s soin, et de prĂ©vention et dâĂ©ducation Ă la santĂ© placĂ© sous la responsabilitĂ© de lâinfirmier, lâaide-soignant sâoccupe de lâhygiĂšne et veille au confort physique et moral des malades. Au quotidien, il aide les patients Ă effectuer leur toilette et Ă sâhabiller. Il accompagne Ă©galement dans leurs dĂ©placements les personnes privĂ©es dâautonomie. Il les aide Ă sâasseoir, Ă se nourrir, Ă sortir de leur lit. Son travail sâĂ©tend Ă certaines tĂąches dâentretien comme le changement de la literie et du linge, ainsi que le nettoyage et le rangement des chambres et des espaces de vie. Si lâaide-soignant nâest pas habilitĂ© Ă dĂ©livrer de mĂ©dicaments ou effectuer des soins mĂ©dicaux, il participe Ă dâautres soins comme le changement de certains pansements et, est capable de mesurer les paramĂštres vitaux pression artĂ©rielle, tempĂ©rature, rythme respiratoire, mensurations en utilisant des outils spĂ©cifiques. Aucun diplĂŽme nâest exigĂ© pour se prĂ©senter Ă ces Ă©preuves. Les titulaires dâun titre ou dâun diplĂŽme relevant du secteur des services Ă la personne sont dispensĂ©s de lâĂ©preuve Ă©crite. Câest dans cette perspective que Dudee Go vous aide et vous accompagne durant tout le processus dâinscription Ă la formation dâaide-soignant . Inscriptions2022-2023Besoin d'aide ? Contactez-nousDudee Go ? C'est une plateforme dĂ©diĂ©e Ă l'accompagnement des Ă©tudiants français, qui souhaitent poursuivre leurs Ă©tudes en Europe dans le domaine de la santĂ©. Notre mission ? Vous accompagner dans votre processus d'inscription et votre choix de cursus scolaire en Europe, dans le domaine de la santĂ© spĂ©cifiquement mais pas uniquement, afin d'obtenir un diplĂŽme reconnu en France et dans le reste de l'Europe. Ils tĂ©moignent Quelle formation ? Voir les formations Changer de destinationĂvoluergrĂące aux concours AprĂšs 3 ans d'exercice dans le secteur hospitalier ou mĂ©dico-social, un aide-soignant peut se prĂ©senter au concours d'entrĂ©e Ă l'Ă©cole d'infirmiers. Les titulaires du diplĂŽme d'Ătat sont dispensĂ©s d'une partie de la formation d'auxiliaire puĂ©ricultrice s'ils envisagent de prĂ©parer ce diplĂŽme.
Cetteaide Ă la mobilitĂ© est accordĂ©e sous conditions : - l'entretien d'embauche, la reprise d'emploi, la formation financĂ©e par PĂŽle emploi ou le concours public doit se dĂ©rouler Ă
BientĂŽt lâentretien annuel dâĂ©valuation. Attendue ou redoutĂ©e, voici une occasion unique de faire le point avec votre chef sur cette annĂ©e passĂ©e, envisager votre avenir professionnel et pourquoi pas revoir votre rĂ©munĂ©ration. Mais comment sây prĂ©parer ? Avec les conseils de notre coach Anne Delestan. Etape 1 Lâentretien annuel dâĂ©valuation câest quoi dĂ©jĂ ?Comme chaque annĂ©e, vous avez rendez-vous avec votre manager pour votre entretien annuel dâĂ©valuation. Comme chaque annĂ©e aussi, vous redoutez ce moment et en mĂȘme temps ne pouvez cacher votre impatience. Câest un peu normal, lâentretien annuel dâĂ©valuation est le passage obligĂ© pour tout salariĂ© qui se respecte. Il est devenu au fil du temps un vrai outil de management, un moment clĂ© de dialogue oĂč vous avez lâopportunitĂ© de tout dire ou presque Ă votre manager. Vous allez pouvoir vous exprimer sur cette annĂ©e, le bilan que vous en tirez et les domaines dans lesquels vous voudriez vous amĂ©liorer. Aussi les changements que vous espĂ©rez, les questions que vous vous posez et les difficultĂ©s rencontrĂ©es. Autant dâĂ©lĂ©ments quâil vous faudra manier avec dĂ©licatesse et intelligemment doser. De son cĂŽtĂ©, votre manager Ă©valuera vos rĂ©sultats et fixera de nouveaux objectifs. De plus en plus dâentreprises pratiquent aussi des entretiens oĂč le collaborateur doit sâauto-Ă©valuer et se situer sur une Ă©chelle estimative et symbolique, ce qui est loin dâĂȘtre Ă©vident. Dans tous les cas une bonne prĂ©paration sâimpose. Etape 2 Faites le bilanPour prĂ©parer votre entretien, commencez par vous remettre en tĂȘte le descriptif de votre poste afin de comparer les missions que vous avez menĂ©es et ce quâon attendait de vous. En rĂ©sumĂ© avez-vous atteint vos objectifs ? Reprenez de façon trĂšs factuelle toutes les Ă©tapes importantes de lâannĂ©e, notez vos rĂ©alisations concrĂštes et confrontez-les Ă vos objectifs initiaux. RĂ©flĂ©chissez Ă ce qui vous a permis dâarriver Ă ces rĂ©sultats attitude, travail, qualitĂ©. Replacez vos objectifs dans les enjeux de lâentreprise. Dans quelle logique sâinscrivent-ils ? Quel est leur sens ? Analysez ce qui a bien fonctionnĂ© mais aussi les difficultĂ©s que vous avez rencontrĂ©es. Etape 3 Formalisez vos perspectives pour la prochaine annĂ©eDurant cet entretien, aprĂšs avoir exprimĂ© comment vous avez vĂ©cu cette annĂ©e, vous allez devoir aborder vos perspectives pour le futur. Cela impose que vous rĂ©pondiez Ă quelques questions en amont comment voyez-vous votre poste Ă©voluer ? Quelles responsabilitĂ©s nouvelles aimeriez-vous exercer ? De quoi avez-vous besoin pour progresser ? Quâaimeriez-vous changer ? Lâentretien annuel dâĂ©valuation est lâoccasion pour vous de solliciter des aides, de demander des formations, de suggĂ©rer des amĂ©nagements pour votre poste et aussi de glisser habilement une demande dâaugmentation. Exemple Compte tenu de la description de mon poste et de ce que je fais concrĂštement aujourdâhui, est-ce que cela ne vaudrait pas un enrichissement de ma rĂ©munĂ©ration ? » Câest aussi le moment de faire le point sur votre relation avec votre manager, de lui dire ce que vous apprĂ©ciez dans son mode de management et de lui faire part de vos interrogations. Etape 4 Et si vous devez vous noterSi votre entreprise vous demande de vous Ă©valuer sur la base dâun questionnaire, utilisez la technique du sandwich constructif et positif. Une tranche de pain est Ă©gale Ă ce que vous avez bien fait et pourquoi quantitatif et qualitatif. Exemple ouverture de deux grands comptes par mois, volume de chiffre dâaffaires gĂ©nĂ©rĂ© par mois, augmentation de la satisfaction client, baisse du nombre dâinvendus, telle difficultĂ© rencontrĂ©e et voilĂ comment vous lâavez gĂ©rĂ©e, etc.. La garniture correspond aux pistes dâamĂ©liorations sur votre travail et vos compĂ©tences. Puis vient la seconde tranche de pain et ce que vous vous fixez pour lâannĂ©e Ă venir compte tenu de vos rĂ©sultats. Ce travail dâauto Ă©valuation sur une base concrĂšte et factuelle va vous permettre de vous situer avec objectivitĂ© et affirmation sur lâĂ©chelle de notes proposĂ©e, tout en gardant Ă lâesprit que nul nâest parfait et quâil y a toujours une marge de progression. Etape 5 Assurez pendant lâentretienCâest le jour J, vous avez prĂ©parĂ© scrupuleusement votre discours, Ă vous maintenant de montrer le meilleur de vous-mĂȘme ! Sachez que câest le manager qui fixe le cadre de lâentretien. Il se peut quâil vous laisse libre de vous exprimer dĂšs la premiĂšre question, mais aussi quâil encadre trĂšs strictement les Ă©changes. En mĂȘme temps, si vous travaillez avec lui tous les jours, vous devez connaĂźtre son mode de fonctionnement. Soyez attentif, Ă©coutez avec attention ce quâil vous demande et rĂ©pondez prĂ©cisĂ©ment, en vous appuyant sur des exemples concrets. Utilisez des mots simples et soignez votre attitude posture, regard, voix, nâoubliez pas que la communication non verbale est fondamentale. Le contenu de votre discours est important mais si votre attitude est convaincante, alors vous aurez tout gagnĂ©. Enfin, terminez sur une note positive. A savoir si votre manager nâa pas prĂ©vu dâentretienCela laisse supposer que des entretiens rĂ©guliers sont rĂ©alisĂ©s et quâil estime ne pas avoir besoin de vous voir en cette fin dâannĂ©e. Mais si vous le souhaitez, alors deux approches sont possibles en fonction de la relation Ă©tablie - Allez le voir avec votre agenda pour fixer une date dans le cadre du bilan de fin dâannĂ©e. Vous devez susciter son envie, lâinterpeller, le surprendre terminons cette annĂ©e en beautĂ© avec la revue du chemin parcouru et la dĂ©cision de ce que nous allons accomplir lâannĂ©e prochaine ou de ce que je vous/te propose dâaccomplir lâannĂ©e prochaine » - Vous pouvez aussi exprimer tout simplement votre besoin de le voir pour un point factuel sur lâannĂ©e Ă©coulĂ©e jâai besoin de connaĂźtre votre/ton point de vue sur mes rĂ©alisations de cette annĂ©e afin de progresser et capitaliser les expĂ©riences, jâai besoin de connaĂźtre mon plan de route pour lâannĂ©e Ă venir afin de me prĂ©parer sereinement⊠»VOIR AUSSI
Age 28 ansLieu de rĂ©sidence ClunysoisLieu dâarrivĂ©e Chalonnais Tout dâabord, jâai suivi des Ă©tudes manuelles et obtenu un Bep menuiserie agencement puis un Bac Pro productique bois. Avec ces diplĂŽmes, je me suis alors fait embauchĂ© en tant quâouvrier vitreur-caleur dans une usine de fenĂȘtres en PVC sur la ville de Cluny 71. Seulement, je me suis rendu compte que dans ce travail manuel Ă la chaĂźne, que jâai exercĂ© durant 6 ans,je ne trouvais plus dâĂ©panouissement personnel. Câest pourquoi, depuis environ un an et demi, motivĂ©, jâai Ă©laborĂ© mon projet professionnel et souhaitĂ© mâorienter vers le mĂ©tier dâaide-soignant, mĂ©tier qui est conforme Ă mes attentes actuelles. Le secteur mĂ©dical mâattire en effet de par ses contacts humains. Sociable, dotĂ© dâun bon relationnel et Ă lâĂ©coute des autres, je dĂ©sire pouvoir me sentir utile envers autrui dans mon travail, apprĂ©cier mon mĂ©tier de façon gĂ©nĂ©rale et trouver les satisfactions recherchĂ©es dans le mĂ©tier dâaide-soignant. Pour atteindre mon but, jâai investi du temps, de lâĂ©nergie et de la persĂ©vĂ©rance. Tout dâabord, jâai recherchĂ© de lâinformation dans un PIJ sur le mĂ©tier et ses dĂ©bouchĂ©s. Je me suis renseignĂ© de diffĂ©rentes façons sur le milieu mĂ©dical par le biais de connaissances personnelles exerçant des fonctions mĂ©dicales dâinfirmiers et dâaides-soignants. Jâai Ă©galement effectuĂ© la dĂ©marche de rencontrer un professionnel dirigeant un centre pour handicapĂ©s mentaux. De façon parallĂšle Ă ces dĂ©marches, jâai dâailleurs pu affiner mon projet sur le type de structure vers lequel je souhaite mâorienter Ă long terme. Par ailleurs, jâai Ă©galement consultĂ© des offres dâemploi et envoyĂ© de nombreuses candidatures spontanĂ©es dans diffĂ©rents Ă©tablissements dans le but dâintĂ©grer leur structure, en me prĂ©sentant comme Ă©tant ouvert Ă toute proposition dâembauche dans le secteur mĂ©dical dans un premier temps. Malheureusement, aucune de mes candidatures nâont abouti. Je me suis en effet rendu compte quâil Ă©tait nĂ©cessaire que jâobtienne le concours dâaide soignant avant tout. Câest pourquoi, je me suis inscrit Ă deux concours et les ai prĂ©parĂ© pendant plusieurs mois afin dâoptimiser mes chances de rĂ©ussite. Jâai rĂ©ussi Ă obtenir une place dâĂ©lĂšve Aide Soignant en septembre 2006 Ă lâIFSI Institut des Soins Infirmiers de la ville de Chalon sur SaĂŽne 71. Je mâĂ©tais Ă©galement adressĂ© alors Ă lâorganisme du Fongecif pour solliciter une prise en charge financiĂšre de cette formation afin que mon projet puisse aboutir. Jâavais alors prĂ©parĂ© un dossier, prĂ©sentant mon projet professionnel, qui a Ă©tĂ© acceptĂ© par la Commisson du Fongecif. Aujourdâhui, je suis donc en CIF CongĂ© Individuel de Formation dans la ville de Chalon sur SaĂŽne oĂč je suis lâenseignement thĂ©orique de lâĂ©cole dâAide Soignant. GrĂące au Fongecif je reçois Ă©galement chaque mois une rĂ©munĂ©ration sur la base de mon ancien salaire. Cette formation a une durĂ©e de 10 mois et est composĂ©e pour moitiĂ© de stages pratiques dans des Ă©tablissements mĂ©dicaux. Ces Ă©tablissements sont choisis et je vais donc ĂȘtre amenĂ© Ă me dĂ©placer dans la partie nord du dĂ©partement de la SaĂŽne et Loire. A la fin de la formation, et si je rĂ©ussis Ă obtenir le diplĂŽme dâAide Soignant, je chercherai alors un emploi, probablement dans la rĂ©gion chalonnaise, ou beaunoise afin de me rapprocher de mon amie travaillant en CĂŽte dâOr..